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August Rush

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August Rush, un petit conte de Noël, ou l’histoire d’Amadeus chez Dickens.

Ce qui frappe d’emblée dans August Rush, c’est le chevauchement d’une double thématique qui ancre le film aux confins de deux arts majeurs : la musique et la littérature.

Quelques images font vaciller la pupille, quelques notes mélodiques troublent le tympan. Dès lors l’évidence est à portée d’oreilles. Si la musique est bien présente en toute chose, elle est ici plus qu’un accompagnement, elle est un personnage du film. Ces harmonies qu’August écoute viennent du plus profond de ses origines et résonnent dans son âme. Car cet optimiste orphelin, s’il n’a pas de certitude, a au moins une conviction : ces notes qu’il entend lui viennent de ses parents. Et c’est grâce à elles qu’il retrouvera son père et sa mère. Ce lien invisible, intime conviction et absolue évidence, est pour August le seul chemin qu’il désire emprunter. Plus le film divulgue sa trame, entre flash-back et montage en parallèle, plus le jeune garçon sera à même de dévoiler ses talents. August est doué, et particulièrement précoce. Il y a du Mozart chez ce gamin innocent. Surtout, il y a de l’espoir : son coeur sait que chaque rencontre le rapproche un peu plus de ses parents. La séquence la plus troublante, musicalement parlant, est sans nul doute celle de l’église. August s’imprègne de ce gospel venu des cieux, et goûte pour la première fois aux joies de la communion.

Bien que contemporaine, l’histoire d’August Rush n’est pas sans rappeler un classique de la littérature du XIXeme siècle. Sorti en 1837, Oliver Twist, l’œuvre phare de Dickens, relate les mésaventures d’un orphelin qui finira par retrouver les siens. La trame narrative du film est, à quelques détails près, identique à celle du célèbre roman, jusqu’à la figure emblématique de Fagin, vieil homme qui chez Dickens s’occupe des enfants de la rue. Il est ici camper par un Robin Williams terrifiant de cruauté et troublant d’humanisme. L’acteur dévoile la facette ambigu du personnage de Wizard, tout en tendresse et en machiavélisme. Musicien frustré, sa relation avec August dépasse la paternité symbolique. Telle une pulsion cannibale qui pousse au désir d’incorporation de l’autre en soi, la possession s’accompagne d’un transfert malsain : dans le cadre, Wizard est en position de dominant. Souvent en contre-plongée ou en plan épaule, il écrase l’enfant et l’étouffe.

Mais une telle fin est inenvisageable et ferait oublier l’essence même de l’oeuvre. August Rush est un film optimiste dans lequel nul ne s’apitoie bien longtemps. August, dans les derniers plans, sera au centre de l’image et occupera tout l’espace. La famille, cet essentiel innommable, est enfin ré-unie.

Titre original : August Rush

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