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Attaque à Mumbai

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Mise en scène efficace d’une attaque terroriste particulièrement sanglante et absurde dans un hôtel de luxe.

Un casting d’enfer

Ce film co-produit par plusieurs pays, et qui a dû coûter très cher, ne sortira en France qu’en e-cinéma pour des raisons peu explicitées. Mais on peut dire d’ores et déjà que c’est très dommage car il aurait mérité une sortie en salles. Le réalisateur australien Anthony Maras dirige cette production britannico-australo-indienne riche de quelques acteurs connus comme Armie Hammer (Lone Ranger), Jason Isaac (la saga Harry Potter) et surtout le nominé aux oscars Dev Patel (Lion, Slumdog Millionnaire) ainsi que la britannico-iranienne Nazanin Boniadi (Iron Man, Homeland). Inspiré de ce que l’on a appelé le 11 septembre indien en 2008, autrement dit l’attaque à Mumbai d’un commando islamique déterminé et particulièrement violent ayant fait près de 188 morts et plus de 300 blessés, quelque sept ans avant les attentats de Paris, Attaque à Mumbai reprend ainsi ce que deux films avaient tenté de faire différemment auparavant. Tout d’abord, le film franco-belge de Nicolas Saada, Taj Mahal qui, en 2015, se focalisait déjà sur l’attaque proprement dite, mais surtout dans l’hôtel en mettant le focus sur une jeune fille, interprétée par Stacy Martin, qui vécut un enfer enfermée dans un ascenseur durant toute l’attaque. En 2015 également, un film indien qui sera interdit au Pakistan, Phantom de Kabir Khan, racontait aussi cette sanglante attaque.

 

 

Un scénario haletant

Cependant, ce nouveau film sobrement intitulé Attaque à Mumbai, après avoir abandonné celui de Mumbai Hôtel, ne raconte pas tout de l’horreur que furent ces trois jours à Bombay, préférant se concentrer lui aussi, après quelques scènes dans la ville et la gare, sur l’irruption d’une partie du commando dans l’hôtel Taj Mahal et le carnage qui s’en suivra pendant des heures. Il faut dire que le décor est particulièrement réussi et l’image très convaincante. Certes, il s’agit bien sûr d’un film grand public mais qui a le mérite de proposer pendant plus de deux une description très minutieuse, à la fois de la méthode un peu artisanale et chaotique des terroristes qui avaient été choisis très jeunes et issus de bonne famille, facilement manipulables en sorte, et de la violence des assassinats commis au nom d’un fanatisme religieux et politique. Mais après des scènes d’introduction d’une grande rigueur et d’une extrême violence déboulant dans une nuit calme de Mumbai, les séquences à l’hôtel, en plus d’être très bien filmées, mettent en évidence le fossé qui séparent ces touristes fortunés et célèbres qui viennent séjourner dans cet hôtel de grand luxe et le personnel indien pour la plupart du temps issus de classes moyennes ou très pauvres, en offrant un portrait très humain du chef.

 

 

Réhabilitation du Sikhisme

Le film propose même une entrée en matière sur une jeune et beau Sikh qui se prépare pour aller au travail, incarné par le magnifique acteur révélé par Slumdog Millionnaire, Dev Patel, et le film se termine d’ailleurs sur lui lorsque, par son courage et son dévouement, il a permis de sauver plusieurs personnes. Le choix d’un personnage Sikh n’est sans doute pas innocent dans la mesure où il permet d’offrir une image de cette religion un peu à part en Inde, qui pourrait terroriser parce que ses disciples portent sans cesse un turban et parce que, de plus, c’est un garde extrémiste Sikh qui avait assassiné Indira Gandhi en 1984. Certains critiques se sont littéralement acharnés sur ce film, allant même jusqu’à le qualifier, comme l’a fait Nicolas Clément sur Focus, de « nanar de l’année tout simplement indécent », sans doute parce que les terroristes y sont montrés sans management et la société représentée dans sa dichotomie. N’est ce pas le cas dans un hôtel de luxe ? Ce film, certes commercial mais honnête, et par-dessus tout haletant, mérite mieux que ce mépris un peu snob.

Titre original : Hotel Mumbai

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Durée : 125 mn


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