Antigone

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Adaptation fidèle du thème d’Antigone au Québec de nos jours. Une belle performance d’actrice.

Sophocle revivifié au Québec

Ce n’est pas la première fois que le thème d’Antigone, comme nombre de mythes et d’histoires de la littérature grecque ancienne, inspire les contemporains. Déjà l’adaptation presque fidèle qu’en fit Jean Anouilh dans les années 40 – et qui fascina des générations d’adolescents – à partir de la pièce de Sophocle en est la preuve vivante. La Québécoise Sophie Deraspe l’a vu, puis est retournée aux sources et s’en explique dans le dossier de presse du film : « Autour de l’âge de vingt ans, j’ai été foudroyée par la lecture d’Antigone : son intelligence, sa sincérité, son incorruptibilité m’ont immédiatement séduite. Malgré son jeune âge, son peu d’expérience et la puissance de son adversaire (le roi), Antigone se tient debout. Cette tragédie fut pour moi si vivifiante ! Après la version de Jean Anouilh, j’ai ensuite lu l’original de Sophocle. J’y ai découvert une Antigone dont la quête de justice est d’autant plus forte qu’elle est appuyée sur des lois qu’elle juge supérieures à celles des hommes. » Quelles sont ces lois qui sont supérieures à celles des hommes, pourrait-on se demander ? Sont-ce des lois divines, sont-ce des lois métaphysiques ?

 

 

Miroir du monde contemporain

Sophie Deraspe a choisi le thème d’Antigone pour l’adapter au monde actuel avec le rejet que peuvent ressentir certains jeunes d’origine étrangère dans leur pays. Ici, nous sommes au Québec et, ici comme ailleurs, les jeunes d’origine étrangère sont soit parfaitement intégrés comme c’est le cas de son Antigone, soit tombés en délinquance comme c’est le cas pour son frère Polynice. Il faut dire que pour son cinquième long-métrage et pour adapter cette célèbre tragédie grecque, Sophie Deraspe a choisi un casting d’enfer puisque tous les acteurs non professionnels du film sont criants de vérité et de sincérité, tous issus aussi de ce qu’on peut appeler communément maintenant la deuxième, voire troisième génération de l’immigration maghrébine et média-orientale au Canada. Bien sûr, c’est le visage magnifique et la présence de la jeune Antigone, incarnée par Nahéma Ricci franco-tunisienne, qui restera dans toutes les mémoires.

 

 

Un casting magnifique

Le casting n’a pas été facile puisqu’il a fallu trouver les personnes qui, réunies par le hasard d’un film, allaient devoir être crédibles pour incarner les membres d’une même famille d’origine maghrébine. Elle s’est donc servie des réseaux sociaux et surtout des professeurs des collèges et lycées de la région de Montréal, recevant quelque 850 candidatures et vu en audition près de 300 personnes représentant la jeunesse diversifiée qui reflète aujourd’hui le Québec. « Mon film est en quelque sorte un conte qui s’inscrit dans un réalisme social, explique-t-elle dans le dossier de presse du film. Par exemple dans le travail d’adaptation, j’ai scindé la figure royale de l’autorité en différentes fonctions qui vont de la police aux magistrats, aux agents correctionnels, en passant par la figure paternelle, avec lesquelles Antigone entre en négociation. » Une belle réussite qui se laisse voir en effet comme un conte tragique, non débarrassé fort heureusement de la dimension tragique du texte original dont on retrouve ici toute la substance et toute la force quasi mythologique.

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Durée : 109 mn


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