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Affreux, sales et méchants

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Un film désopilant, illustration parfaite du politiquement incorrect tellement dérangeant à l’époque. Une histoire minimaliste, construite comme une tragédie antique, qui va droit au but et n’épargne personne. Oreilles sensibles s’abstenir…

Affreux sales et méchants est un film de 1976, plébiscité au Festival de Cannes de la même année avec la Prix de la mise en scène. Le film nous présente le quotidien, dans un petit bidonville de Rome, d’un père de famille, Giacinto, régnant en tyran sur sa famille. Tous se soumettent à son autorité mais rien n’est cependant gratuit. Pour les douze membres de cette famille, l’objectif est de mettre la main sur le million de Giacinto. Chaque jour, le patriarche cherche de nouvelles idées pour échapper aux tentatives les plus ingénieuses mises en place par sa troupe pour le voler.

Ettore Scola avait d’abord envie d’en faire un documentaire, mais au fur et à mesure que la production avançait, il s’orientera vers un film du genre « comédie dramatique », unique en son genre. Le film ne cherche pas à passer pour ce qu’il n’est pas. Dès le début, Scola nous plonge dans la réalité et le quotidien de cette famille atypique et les injures se succèdent comme les balles d’une arme imaginaire. Les nombreux suivis des personnages nous permettent de plonger dans l’intimité la plus profonde d’individus originaux, aussi différents que nombreux.

La franchise est la plus grande qualité de cette œuvre, qui ne s’embarrasse ni de manières, ni de détours. Le message est clair : on ne cherchera ici à épargner aucune sensibilité. « Putain », « salope » ou encore « cul troué », voilà un petit échantillon de ce que les oreilles des spectateurs auront le plaisir d’entendre. Les premiers mots interpelleront, mais l’ambiance créée par le film aura vite fait de rendre les choses les plus choquantes aussi banales que tous les petits aléas du quotidien.

Sur fond de drôlerie, c’est un drame familiale qui se déroule petit à petit devant nos yeux. La grande question est de savoir comment toute cette histoire va se terminer. Chacun rumine sa rancœur de son côté et toutes ces petites personnes sont en fait unies par la haine qu’ils se vouent les uns aux autres. On se demande tout au long du film ce qui fait tenir cette famille entassée dans un taudis trois fois trop petit. Du début à la fin, ils ne font que s’humilier les uns les autres et au final on se retrouve face à une vision assez originale du rôle fédérateur de « patriarche ».

Amour vache, matérialisme, vénalité, jalousie, haine, un large échantillon de ce que l’être humain peut éprouver de mauvais comme de bons sentiments est abordé dans ce petit concentré de préméditation et d’envie. Plus qu’un simple documentaire, ce choix final de la part de la production permet au film de prendre une dimension métaphorique plus large, laissant plus de place à l’interprétation personnelle. La mise en abyme habilement glissée dans l’histoire permet de prendre du recul et de considérer cette joyeuse bande pour ce qu’ils sont : des gens comme tout le monde, devant faire face aux problèmes comme ils peuvent, au jour le jour à des problèmes. Plus qu’une « parabole », il s’agit, pour l’époque, d’un message adressé au pouvoir en place pour qu’il prenne conscience de sa part de responsabilité dans la situation de ces populations délaissées.

Titre original : Brutti sporchi e cattivi

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Durée : 115 mn


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