Select Page

Abandonnée

Article écrit par

Cerda demeure en tête de gondole des cinéastes redonnant du sang neuf à un cinéma qui avait un besoin vital de se renouveler. Et dieu que le résultat fait plaisir à voir.

En ces temps moribonds où les bidons de lessive et l’horreur pg –13 sont accueillis avec une indulgence consternante, des petits génies de la pelloche nous lâchent de temps en temps des films qui rassurent quant à l’avenir du cinéma de genre et de ses aspirations. Abandonnée fait parti de ces films qui font du bien au genre et ne fait pas l’affront de prendre le spectateur pour une truffe. Car au-delà de sa trame plus ou moins simpliste, Abandonnée est un vrai film labyrinthique et viscéral.

Marie, productrice de cinéma US, retourne en Russie, son pays natal, où le cadavre de sa mère a été retrouvé dans des circonstances étranges. Elle ne l’a jamais connue, ayant été adoptée et emmenée aux Etats-Unis à la naissance. Le seul indice dont elle dispose est une ferme isolée, abandonnée dans les montagnes, qui appartenait à ses parents naturels. Et c’est après la découverte de cette dernière que sa vie va basculer dans un cauchemar sans issue. Il est judicieux ici de parler de cauchemar tant le réalisateur a voulu aborder son sujet sous cet angle.

A ce titre, la mise en scène est tout bonnement incroyable et nous fait très efficacement ressentir la détresse des protagonistes. A des années lumières des films d’horreur aseptisés privilégiant l’effet de surprises au détriment d’une vrai peur viscérale (et donc fonctionnant à long terme), Nacho Cerda sait nous intimider avec des scènes de pure trouille, notamment avec la première apparition des spectres, ces fameux doppelganger, amenées très simplement mais n’en demeurant pas moins marquantes. Ajoutez à cela une ambiance glauque rendue à merveille par une photographie à tomber par terre, un sound design proprement glaçant et vous obtenez une représentation pertinente des peurs ancestrales et enfantines (la peur du noir et de l’inconnu).

En plus d’être un film d’horreur intelligent, Abandonnée est aussi un vibrant hommage un tout un pan du cinéma fantastique transalpin des années 70. En effet, impossible de ne pas penser à Fulci tant l’ombre de celui-ci plane sur le métrage. Le film, ne faisant pas dans la référence gratuite bien au contraire, renvoie de manière subtile à l’un des chef-d’œuvres du réalisateur italien, L’Au-delà. Le réalisateur des courts métrages controversés Afteramath et Genesis décrit un monde très personnel et fait appel à ses souvenirs et terreurs d’enfance parfois de manière très graphique. Le cinéaste ne lésine donc pas sur quelques effets spéciaux bien craspecs (dont une scène réméniscente du Hannibal de Ridley Scott), passages obligés de ce genre de métrage mais au combien nécessaire.

Mais le gore n’est pas l’apanage de ce film, Nacho Cerda jouant énormément sur l’atmosphère à couper au couteau et laissant une part considérable aux ténèbres et à tout ce qui s’y cache. L’ambiance est étouffante au même titre que la solitude étreignant les protagonistes. Solitude s’avérant d’autant plus douloureuse que les personnages sont enfermés dans un monde surréaliste et macabre au possible, où l’innommable semble contaminer la réalité (Lovecraft n’est pas loin). La mise en scène nous fait intimement ressentir le calvaire de nos héros. Abandonnée est un film qui se ressent et s’écoute plus qu’il ne donne à voir (la bande son est stupéfiante et renforce considérablement l’immersion).

Après vision, un état de fait s’impose : Nacho Cerda est un fan et ça se sent. À l’heure où Courtney Salomon (fanboy lui aussi mais dans le mauvais sens) nous assène un honteux American Haunting, Cerda nous livre un film réfléchi de bout en bout et même si le propos peut paraître rebattu (une femme prisonnière de son passé) nous ne pouvons nier la générosité et l’amour qui animent le cinéaste pour le genre. Avec Balaguero et De la Iglesia, Cerda demeure en tête de gondole des cinéastes redonnant du sang neuf à un cinéma qui avait un besoin vital de se renouveler. Et dieu que le résultat fait plaisir à voir.

Titre original : Los Abandonados (The Abandoned)

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Durée : 94 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Manhunter

Manhunter

La ressortie d’un classique du répertoire hollywoodien, avec ce thriller de Michael Mann, est un voyage nostalgique et immersif dans les années 1980