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Un château en Espagne

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Un film sur la fraternité entre deux amis d´enfance. Un film pour jeune public. Et encore…

Un château en Espagne narre la séparation entre deux ados de treize ans : Esteban doit repartir en Espagne car son père, Luis, préparateur physique, est appelé à Bilbao pour prodiguer son expérience et son savoir-faire à l’équipe de football locale. Maxime, ayant vent du prochain départ de la famille de son meilleur ami, l’informe immédiatement. Afin de faire échouer le déménagement, Maxime et Esteban s’inscrivent à un casting. Maxime demande à sa mère, brillante avocate et ancienne danseuse, de l’aider…

Bien que le film appelle à la sympathie du spectateur, l’impression de déjà-vu persiste et n’emballe pas. Pourtant, l’incipit montrait quelques promesses : un tissu rouge « caliente » ondulait en gros plan devant la caméra… Était-ce la recherche saturée d’un début de théatralité de la part de la réalisatrice ? Certainement, puisque Maxime et Esteban répètent dans le grenier de leur immeuble parisien sur une petite scène. Ce dernier joue le rôle de sa mère, Louna (Angela Molina, fantastique dans La Commune), puis reprend parodiquement le rôle de Clint Esatwodd dans Le Bon, la Brute et le Truand. Dommage, d’ailleurs, que la réalistrice réopère au même système de gros plans comme le construisit Leone lors de la séquence mythique du gunfight triangulaire. Leone ne se résume pas à une suite de gros plans, qu’on le parodie ou non… Le traitement du temps et de l’espace, si la parodie avait été véritablement construite en fonction de l’épisode du film d’Isabelle Doval, est complètement délaissé au profit d’un "jump-cut" afin d’apporter un effet burlesque qui ne charme pas. Cependant, la séquence insite sur le lien très fort qui unit les deux enfants.

Le film fonctionne par couple : Maxime et Esteban, Maxime et sa mère, Louna et Luis, Lucille et Esteban, Esteban et Clint Eastwood… Notons que, dans l’infini originalité du film, le rôle du père espagnol revient à un énième acteur ayant proposé son professionnalisme à Pedro Almodovar, ici dans La mauvaise éducation. Malheureusement pour les acteurs et actrices espagnols, pour jouer dans les films français, ils doivent manifestement avoir proposé leur service à l’ami Almodovar, que son film soit bon ou non… Bref, Isabelle Doval, par des jeux de couples, tire une quintessence binaire, parfois manichéenne et assez biaisée de la réalité. On ne saurait résumer la vie par des contraires ou des situations diamétralement opposées. Le début du film enlace, malgré les quelques lueurs cinématographiques, la bipolarité du film. La vie chez les Marquès est chaleureuse, chatoyante et baigne dans l’amour familial. Par contre, la vie chez Maxime et sa maman est austère, froide, rigide et désincarnée. Deux bulles et deux climats différents dans lesquels évoluent les enfants.

Les jeunes acteurs (Martin Jobert et Jean Senejoux) tentent d’insuffler une énergie toute juvénile au film. Malgré leur bonne volonté, il n’y arrivent épisodiquement. Leur démonstration n’est pas assez cadrée et guidée pour être exploitée à sa juste valeur. Les touches d’humour des enfants ou des adultes parvienennt, quelquefois, à faire mouche : par exemple, lorsque Louna écorche délicieusement la langue française avec son irresisitible accent espagnol et sa relation décalée avec les formules ou proverbes de la langue de Molière.

Malheureusement, le cinéma français accouche parfois de films vides ou, s’ils ne le sont pas, qui demeurent binaires puis opèrent à une ou plusieurs conversions plus ou moins bien senties, comme lorsque de la mère de Maxime ouvrant les yeux sur le peu d’amour qu’elle porte à son fils. L’enchaînement est maladroit et des plus stéréotypés. A force de se convertir, du fait de la redondance du thème de la conversion dans le dispositif cinématographique de nombreux films français, le cinéma français finit par ne plus savoir qui il est et où il en est.

Isabelle Doval, avec cette constellation de personnages, avait certainement pour ambition de faire un film sur le Destin. Malheureusement, le succès d’Isabelle Mergault, avec des films pourtant insipides, n’a pas fini de faire accoucher le cinéma français de films prématurés et difficilement appréciables. Le divertissement n’est pas l’ennemi du cinéma de qualité, et le cinéma de qualité n’est pas l’ennemi du divertissement. Ici, aucun de ces deux éléments ne sont présents. Dans Un château en Espagne, ironiquement, on pourrait penser que le seul point positif résiderait peut être dans le travail sur le temps et la notion d’enregistrement puisque les plans sont inexpressifs. Vouloir défendre ce film parce qu’il convoque des souvenirs fraternels qu’un grand nombre de personnes a vécu étant enfant serait rédhibitoire d’un point de vue cinématographique. On est en droit d’attendre du cinéma français plus de qualité et d’ambition, d’autant qu’il regorge de talents non-exploités ou mal exploités. Travail sur le temps et la mémoire donc, fatalité de la monotonie à la française.

Titre original : Un château en Espagne

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Durée : 88 mn


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