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Time and Tide

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« Time and Tide », ou comment Tsui Hark donne une leçon aux américains sur la question : « c’est quoi un grand film d’action » !

Time and Tide raconte l’histoire de deux destins croisés. D’un coté, Tyler (joué par Nicholas Tse), un homme un peu paumé, qui met accidentellement enceinte Jo, une jeune femme policière et lesbienne, lors d’une soirée un peu trop arrosée. Rejeté par la mère de la jeune femme, il fera tout son possible pour gagner de l’argent rapidement, afin de subvenir aux besoins de Jo et du futur bébé. Il est alors embauché par une société privée de gardes du corps. En parallèle, il devient ami avec Jack (joué par Wu Bai) dont la femme Hui est aussi enceinte. C’est alors que Jack est contacté par ses anciens frères d’armes, des mercenaires-truands mexicains qui lui demandent de revenir travailler avec eux, dans le but de faire assassiner le père de sa propre femme. Devant le refus de Jack, ils décident de faire pression sur lui en menaçant sa petite amie. S’en est trop pour Jack qui décide d’exterminer les mercenaires-truands. Mais Jack va croiser le chemin de son ami Tyler, qui lui a été engagé pour protéger le chef des mercenaires…

 

 

Avec Time and Tide, réalisé en 2000, Tsui Hark revient à Hong-Kong aprés deux tentatives ratées à Hollywood avec Double Team et Piège à Hong-Kong. Véritable réussite visuelle, sa réalisation est tout simplement phénoménale et regorge de plans innovants et inattendus. Time and Tide combine à merveille action, romantisme et humour.

L’amour, encore et toujours l’amour

L’amour, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un film d’action, est le vecteur principal de cette histoire et s’immisce dans chaque recoin de la trame. Thème cher à Tsui Hark (il s’oppose ainsi à John Woo qui préfère la fraternité à l’amour), il est le moteur des héros et les guide à chacun de leurs pas. Telle une tragédie grecque, l’amour y est source de passion, de jalousie, de sacrifice, de surpassement, de don de soi à l’être aimé, d’opposition fratricide, de contradictions et d’espoir. Mais contrairement aux tragédies de Sophocle, la mort ne vient pas endeuiller le cinquième acte du film, car Tsui Hark privilégie la notion d’espoir. Lors de l’ultime scène du film, le réalisateur hongkongais l’exprime d’ailleurs avec originalité : Tyler et Jo regardent leur enfant dans la couveuse. En voix off, on peut entendre les mots suivants : « Au commencement il n’y avait rien, il paraît. Puis le grand Maître à créé plein de trucs, mais surtout il a créé plein de problèmes, plein de contradictions, qu’il ne savait pas résoudre. Alors à la fin, il a encore créé une chose qui s’appelle l’espoir. C’est cette chose là qui fait que toutes les autres peuvent repartir à zéro. »

Une réalisation à toute épreuve

Dans Time and Tide, le maestro hongkongais offre une réalisation trés différente des films d’actions dit « classiques ». Les films américains et ceux de John Woo sont en général caractérisés par des montages trés « clipés », de nombreux plans ralentis et une profusion d’explosions et de rafales de balles dévastant tout sur leur passage, humains comme décors. L’un des chefs-d’oeuvres en la matière est incontestablement Hard Boiled (1992), réalisé par John Woo pour ses adieux à Hong-Kong, qui se termine par une scéne de gun fight légendaire qui n’en finit plus.

Contrairement à Hard Boiled, Time and Tide offre une réalisation toute en finesse et en subtilité. Durant les cinquantes dernières minutes, Tsui Hark livre des scénes d’action d’une poésie et d’une tension de toute beauté. La caméra enchaîne les panoramiques ainsi que les travellings en steadycam. Tout cela permet de suivre les héros au coeur de l’action avec réalisme et fluidité. Tsui Hark pousse même ce réalisme jusqu’à faire passer son cadreur par la fenêtre, afin qu’il saute dans le vide et suive Jack qui descend en rappel le long des murs. Il utilise également des transtrav, combinant zoom arrière et travelling, de sorte que le personnage ne bouge pas tandis que le décor lui s’éloigne (inventé par Hitchcock pour le film Vertigo). Cette technique donne ainsi la sensation de trouble de la réalité et accroit la tension d’une scéne. Tout ce déploiement de technique cinématographique n’a pas pour unique vocation d’éblouir les cinéphiles confirmés mais sert parfaitement le film. Jack est un ex-mercenaire surentraîné, il est donc logique qu’il agisse avec un certain calme et efficacité. Il ne fait pas de bruit, tue proprement et rate rarrement sa cible. Tsui Hark fait parfaitement ressentir la maîtrise de son personnage à travers la réalisation. Dernier élément technique qui vient accentuer cette sensation : les effets sonores étouffés et minimalistes. Ici, pas d’explosions assourdissantes ou de « vidages » de chargeurs pétaradants. Tous ces éléments concourent à obtenir un rendu à l’opposé des films américains surclipés et bourrés de testostérone.

 

 

Tsui Hark rend hommage au wu xia pian à travers une scéne dans laquelle Jack et le chef des mercenaires échangent des tirs, suspendus dans la vide par des câbles. Il se permet même d’adresser un petit pied de nez à son ex-acolyte, John Woo, en montrant en gros plan des colombes blanches en train de brûler.

Il est incontestable qu’avec Time and Tide, Tsui Hark assoit définitivement son statut de maître du film d’action, alliant une créativité subtile et un esprit grand public. Il montre encore une fois que le cinéma hongkongais est de loin l’un des plus prolifiques en matière de polar et qu’il n’a pas besoin de millions de dollars pour livrer un spectacle intense et profond.

Mozart disait : « Le vrai génie sans coeur est un non-sens. Car ni intelligence élevée, ni imagination, ni toutes deux ensemble ne font le génie. Amour ! Amour ! Amour ! Voilà l’âme du génie. » Tsui Hark avec Time and Tide parle tout simplement d’amour.

Titre original : Seunlau ngaklau

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Durée : 113 mn


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