The Fountain

Article écrit par

Sept ans séparent Requiem for a dream, le précédent film du réalisateur Darren Aronofsky, de The Fountain. Sept ans pour convaincre des producteurs et défendre une histoire brassant la mort, la vieillesse, la vie et la réincarnation sous couvert d´abstractions visuelles et de recherches scientifiques. Projet ambitieux où le réalisateur surdoué de Pi tente de […]

Sept ans séparent Requiem for a dream, le précédent film du réalisateur Darren Aronofsky, de The Fountain. Sept ans pour convaincre des producteurs et défendre une histoire brassant la mort, la vieillesse, la vie et la réincarnation sous couvert d´abstractions visuelles et de recherches scientifiques. Projet ambitieux où le réalisateur surdoué de Pi tente de construire une chimère de la vie éternelle.

The Fountain est un film difficile à appréhender. Tant dans son propos, la vision toute personnelle de la mort risque de trouver de nombreux détracteurs, que dans sa forme, où les peintures mouvantes du paysage intergalactique du futur offrent des visions assez étrangères à ce que l´on a l´habitude de voir au cinéma.

Pour apporter sa pierre à l´édifice du questionnement métaphysique de l´existence, Aronofsky se base sur le mythe de la fontaine de jouvence. Mélange de plusieurs mythologies, s´appuyant sur la Bible ou la culture Maya, sujet toujours d´actualité à la vue des réflexions post-humaines et des recherches sur le clonage, l´utopie de la vie éternelle traverse les siècles et conserve sa part d´irrationalité qui agacera ou fascinera, c´est selon. Cette intemporalité du processus de la vie, où les morts et les vivants des siècles passés ne diffèrent pas tant que ça de ceux d´aujourd´hui, est retranscrite à l´écran par une mise en scène fragmentée, parfois confuse, relayant par le fil non linéaire de la vie des bribes du 16ème siècle, d´aujourd´hui et du 26e siècle.

Ainsi, Aronofsky ne souhaite pas offrir de clés au spectateur et préfère le balader au gré de son histoire d´amour mystique. D´où la difficulté de se positionner dans la première bobine du film. Un conquistador dans un temple Maya, un cancérologue expérimentant des fusions improbables pour contrecarrer le cancer de sa femme, et un << homme-bouddha >> vivant dans une bulle interstellaire. Autant dire un brouhaha de pensées qui ne peut prendre forme à la seule condition de se laisser aller à la poésie des sentiments et à la magie des images. Sinon on décroche, on abandonne.

Peut être est-ce là le défaut du film ? Le montage alterné des trois époques s´enchevêtre dans un maelström d´images sorti tout droit d´un trip sous champignons hallucinogènes. Parti pris risqué. Les séquences spatiales fantasmagoriques de Tom dans sa bulle, traduite comme la noosphère où l´homme apprend à accepter et à s´assagir, ne reposent sur rien de connu si ce n´est les écrits mystiques du bouddhisme et les croyances orphiques. Images-métaphores du corps comme repaire de l´âme et comme lieu cosmogonique de l´univers. Et ce sont ces séquences, visuellement époustouflantes et hypnotiques, quoique irritantes pour ceux n´ayant déjà pas supporté la vision hallucinée du final chamanique dans Blueberry de Jan Kounen, qui ponctuent le film de son aura spirituelle.

Là est le véritable sujet du film, la quête spirituelle d´un homme à travers une bouleversante histoire d´amour et sa renaissance. Les matérialistes vont crier à l´imposture et les pragmatiques ne voudront même pas goûter de ce trip psychédélique. C´est oublier bien vite que dans Pi, le premier film du réalisateur, le spectateur plonge dans la paranoïa obsessionnelle d´un mathématicien voulant résoudre l´équation de l´univers à l´aide de la Torah, fusion de la science et des écrits mystiques. Aronofsky possède une démarche scientifique lui permettant de concevoir la pensée comme le lieu de tous les possibles, qu´ils soient rationnels ou magiques. La spiritualité affichée du film n´est pas aveugle, comme pour Pi mais dans un processus inverse, elle est mise en parallèle avec les recherches scientifiques des neurologues qui veulent soigner la maladie et faire reculer la vieillesse. Une façon comme une autre de se libérer du poids de l´existence, pour ainsi alléger son corps et élever son âme. Les sciences et les spiritualités explorent les mêmes sentiers de la Vérité, tout comme le cinéma parcourt l´inconscient et l´imaginaire de l´homme.

Avec The Fountain, on songe au Solaris de Tarkovski, qui cherche lui aussi à rendre palpable la dimension mystique de l´homme de science à travers la perte de l´être aimé. Seule la démarche diffère, le réalisateur russe abordant l´aspect cérébral, tandis qu´Aronofsky privilégie le chemin du coeur. Quoi qu´il en soit, il fait désormais partie des rares expérimentateurs souhaitant exploiter tout le potentiel fantasmatique du cinéma pour investir les dimensions (méta) physiques de l´homme.

Titre original : The Fountain

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 96 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Journal intime

Journal intime

Adapté librement du roman de Vasco Pratolini, « Cronaca familiare » (chronique familiale), « Journal intime » est considéré à juste titre par la critique comme le chef d’œuvre superlatif de Zurlini. Par une purge émotionnelle, le cinéaste par excellence du sentiment rentré décante une relation fraternelle et en crève l’abcès mortifère.

Été violent

Été violent

« Eté violent » est le fruit d’une maturité filmique. Affublé d’une réputation de cinéaste difficilement malléable, Zurlini traverse des périodes tempétueuses où son travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cet été
violent est le produit d’un hiatus de trois ans. Le film traite d’une année-charnière qui voit la chute du fascisme tandis que les bouleversements socio-politiques qui s’ensuivent dans la péninsule transalpine condensent une imagerie qui fait sa richesse.

Le Désert des tartares

Le Désert des tartares

Antithèse du drame épique dans son refus du spectaculaire, « Le désert des Tartares » apparaît comme une œuvre à combustion lente, chant du cygne de Valerio Zurlini dans son adaptation du roman éponyme de Dino Buzzati. Mélodrame de l’étiquette militaire, le film offre un écrin visuel grandiose à la lancinante déshumanisation qui s’y joue ; donnant corps à l’abstraction surréaliste de Buzzati.

Les Jeunes filles de San Frediano

Les Jeunes filles de San Frediano

Ce tout premier opus de Valerio Zurlini apparaît comme une bluette sentimentale. Clairement apparentée au “néo-réalisme rose”, la pochade, adaptant librement un roman de Vasco Tropolini, brosse le portrait d’un coureur de jupons invétéré, Andréa Sernesi, alias Bob (Antonio Cifariello).