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Table ronde BNF : cinéma et Internet

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<< Nous aimons, nous y participons >> ! Il était une fois le cinéma a été invité au colloque qui s´est tenu mercredi 9 juillet, à l´auditorium de la BNF, dans le cadre de l´université d´été organisée par le Festival Paris Cinéma. L´occasion de faire un bilan avec nos lecteurs, et de mener un débat vaste et passionnant…

Après « La critique face au défi Internet » à la Cinémathèque française, la BNF prend le relais et poursuit son questionnement sur la révolution apportée par Internet dans les pratiques de diffusion du cinéma.
Mais diffusion de quoi, au juste ? D’une part des discours sur le cinéma, des idées, des opinions, que l’on espère fécondes ou intéressantes ; de l’autre des films eux-mêmes (même morcelés, compressés ou juste « bande-annoncés »), tout en sachant que les deux, grâce à la flexibilité du support multimédia Internet, finiront par se croiser !
Voilà ce qui explique le choix des invités : le directeur marketing d’Allociné, Fréderic Krebs, Luc Lagier (aficionados de ces rendez-vous, déjà à Bercy), et des critiques, soit Mathilde Durieux, notre rédactrice chef, et moi-même.

Comme dans l’amour, il y a un avant et un après, au cours de la fabrication d’un film. À quel moment Internet intervient-il ? Sur le film lui-même, tout le monde semble en convenir, Internet n’a pas un grand poids (tout de moins pour l’instant). Comme l’a bien vu Lagier, Brian de Palma, avec son Redacted, a fait de la multiplication des points de vues offerte par le Net un principe formel autour duquel structurer son film. Cependant, la majorité des cinéastes semblent encore ignorer le support : ils le détestent moins que la télé peut-être, mais ils le regardent avec une certaine méfiance.

Mais, pour ce qui est de l’avant et de l’après, Internet est devenu aujourd’hui incontournable… Fréderic Krebs, parmi les premiers à avoir testé les possibilités du marketing sur Internet, il y a neuf ans, raconte et explique les nouvelles techniques de commercialisation d’un film, avec l’enthousiasme d’un pionner revenu du Far West les poches pleines de pépites d’or…
Aujourd’hui, alors que le film n’est pas encore fini, les diffuseurs guettent déjà les images, les photos, les secrets de tournage, et stockent le tout sur des sites de référence : trois, quatre, parfois neuf mois avant la sortie du film ! Puis teasers, trailers et autres merveilles aux noms exotiques, arrivent à relancer la mise : grâce à la banalisation de la vidéo sur le Net, tout le monde peut s’amuser à voir et revoir des bribes de films, longtemps à l’avance, avec la même excitation frénétique que celle de jeunes parents revenant d’une séance d’échographies…

Oui, c’est la vidéo qui a permis à Internet de faire le gros bond en avant dans ce domaine : « Pour moi, après Google, les plus grosses révolutions d’Internet ont été YouTube et Dailymotion », s’exclame Luc Lagier, qui quotidiennement repousse les limites de la critique de cinéma, en essayant de donner jour, sur le blog d’Arte, à une critique audiovisuelle, publique et intime à la fois.

Cependant, regarder une vidéo seul dans son coin peut se révéler quelque peu frustrant, et, d’un point de vue marketing, pas très profitable au film. Il faut créer le buzz… il faut en parler, le linker, procéder à sa lente maturation sur les forums : le vieux système du bouche à oreille est toujours le meilleur, même si l’interminable bavardage qui entoure la sortie des films est désormais numérisé ; tout le monde se doit de commenter, parler, discuter, critiquer… enfin, critiquer, en est-on sûrs ?

C’est là que notre site intervient, dans ce temps en suspens qui sépare la finalisation de l’objet film, et sa sortie (l’espace temporel dans lequel s’engouffrent projections de presses, festivals et avant-premières), afin d’écrémer comme il se doit la masse envahissante des images et des mots. Site non pas mû, d’ailleurs, par une aveugle envie de juger (comme on l’impute souvent aux critiques), mais par l’intime désir de partager une réflexion, de penser le film, de proposer un regard neuf sur l’œuvre, qui soit plus réfléchi qu’un quelconque commentaire « à chaud » d’une bande-annonce.
Evidemment, Internet facilite la tâche : en abaissant radicalement les coûts (notamment grâce à la disparition de l’impression et de la distribution dans la chaîne de production des articles), la Toile a libéré la critique du cercle toujours plus fermé des revues traditionnelles, et a apporté à la critique cinéphile un grand bol d’air frais : souvent jeune, voire très jeune, mais de plus en plus exigeante, la nouvelle garde essaie de conjuguer le vieil amour de l’écriture avec les nouvelles technologies… Au lecteur d’en juger !


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