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Snow Cake

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>, se disait-elle. Voilà pourquoi Vivienne, jeune fille à la personnalité aussi fantaisiste et impertinente que les mèches violettes qui lui tombent sur les yeux, aborde Alex Hughes. Elle sent immédiatement que cet homme, assis là, seul à la table de ce café, cache une histoire intense et douloureuse. Elle sera la seule à pouvoir […]

<< Les gens les plus seuls sont souvent les plus passionnants >>, se disait-elle. Voilà pourquoi Vivienne, jeune fille à la personnalité aussi fantaisiste et impertinente que les mèches violettes qui lui tombent sur les yeux, aborde Alex Hughes. Elle sent immédiatement que cet homme, assis là, seul à la table de ce café, cache une histoire intense et douloureuse. Elle sera la seule à pouvoir l´en délivrer. Mais à quel prix ?

Quelques répliques farcies d´humour et de vérité plus tard, Alex accepte finalement de prendre Vivienne en auto-stop. Chaudement installé dans ce qu´on lui promet être un road movie décapant, le spectateur ne voit pas venir ce poids lourd lancé à toute vitesse, et qui remet en cause toutes ses attentes. Vivienne est morte. La violence du choc réveille tout : le spectateur stupéfié, Alex, complètement abasourdi, sans oublier ses démons antérieurs (son propre fils est lui aussi décédé dans un accident). La scène qui suit le choc est plongée dans un silence cotonneux. Tout semble anesthésié et pourtant la brutalité de l´événement n´en est qu´accentuée. Alex décide de rencontrer la mère de cette jeune fille à laquelle il avait fini par se confier.

Lorsque Linda ouvre sa porte à Alex, c´est tout l´univers du film qui s´installe. La mère de Vivienne est autiste et ne comprend pas bien la culpabilité qu´éprouve Alex. << Ma fille est morte, je ne l´ai pas perdue ! >>, lance-t-elle simplement. Et une boule de neige brûlante dans la figure, une ! Le ton est donné. Telle une reine candide et intrépide, Linda (remarquablement interprétée par Sigourney Weaver) va noyer Alex dans son décor de glace canadien, et balayer d´un souffle cette culpabilité qui le ronge. La fraîcheur enfantine de cette femme au caractère bien trempé procure au film une énergie rayonnante. Alex, d´abord déstabilisé par cet ovni humain qui semble indifférent à la mort de sa propre fille, finit par trouver chez Linda un moyen de se réconcilier avec lui-même.

Car c´est sur le paradoxe que se fonde l´histoire. La subtilité du scénario réside dans la parole de cette autiste et dans le silence de cet homme brisé. C´est lui qui pleure Vivienne et elle qui le console. Il va reconnaître le corps et s´occuper des funérailles tandis qu´elle assiste presque insensible au spectacle. Presque, seulement, car Linda est consciente et bouleversée de ne pas pouvoir ressentir de chagrin. Même si son plus grand désarroi est causé par le fait que sa fille ne sera plus là pour sortir les poubelles, Linda sait aussi qu´en perdant Vivienne, elle perd le seul être qui l´ai jamais comprise. Excepté peut être cet inconnu qui porte en lui les émotions qu´elle lui envie.

Si ce duo inattendu apporte au film sa dose d´humour et d´émotion, le personnage de Maggie (interprétée par Carrie-Anne Moss) permet à l´histoire de ne pas s´enliser dans un face à face un peu trop facile à la Rain Man. Maggie, jeune femme énigmatique, offre à Alex une écoute attentive et un réconfort sentimental. C´est d´ailleurs grâce à son rôle que le spectateur découvre la passé tragique d´Alex, le pourquoi de sa présence et l´acharnement de sa culpabilité. Le personnage de Maggie aurait néanmoins mérité d´être développé bien que le mystère planant autour d´elle fasse bien sûr tout son charme.

Marc Evans signe donc ici une oeuvre qui repose en grande majorité sur le scénario original d´Angela Pell (qui s´est inspirée du quotidien de son fils autiste, et dont c´est la première oeuvre). Evidemment, la fraîcheur des paysages canadien, la plénitude qu´ils inspirent et l´écho qu´ils donnent au personnage de Linda sont des arguments certains plaidant pour l´adaptation cinéma d´une pareille histoire. Néanmoins, la réalisation sobre et épurée aurait mérité un dynamisme un peu plus poussé. De même, l´effet spécial (quelque peu grossier) utilisé lors de la scène où Linda retrouve mentalement sa fille, ne révèle pas assez la magie et la puissance de cet instant.

Après Trauma (où, suite à un accident de voiture, un homme sortait du coma et réalisait la mort de sa femme), le réalisateur renoue avec une histoire où les tragédies et leur vécu occupent une place centrale. Dans Snow Cake la complexité humaine dépeinte par le scénario est servie de façon admirable et sensible par trois acteurs qu´il est agréable de retrouver dans des rôles plus travaillés psychologiquement que ce qu´ils ont pu connaître auparavant (Ellen Ripley d´Alien pour Sigourney Weaver, Professeur Rog d´Harry Potter pour Allan Rickman et de Trinity de Matrix pour Carrie-Anne Moss). Snow Cake reste une savoureuse aventure humaine dans laquelle la destruction provoquée par les uns parvient miraculeusement à la reconstruction des autres.

Titre original : Snow Cake

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Durée : 112 mn


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