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Sleeping Giant

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Beau portrait de trois adolescents où règne l´imposante présence du Lac Supérieur. Un premier long métrage prometteur.

Le géant endormi qui donne son nom au premier long métrage d’Andrew Cividino fait référence à une longue masse de terre tenue par des falaises et ressemblant, vu du ciel, à un géant allongé sur le dos. C’est du côté de Thunder Bay dans l’Ontario, à la frontière des Etats-Unis et du Canada, que se trouve ce personnage naturel impressionnant et atypique. Le cinéaste ayant vécu son enfance là-bas, on peut sentir son œil familier porté sur ce paysage. C’est autour de celui-ci, et plus généralement du Lac Supérieur, qu’il articule son film, portrait de trois cousins adolescents Nate (Nick Serino), Riley (Reece Moffett) et Adam (Jackson Martin). Chacun d’entre eux possède le bouillonnement intérieur et instable propre à cet âge qui pousse à « réveiller le géant ». En même temps, la force tellurique des très hautes falaises, de ce géant hiératique, suggère une présence tutélaire à défier et à remettre en cause, comme une autorité parentale, par le jeune trio.
 

C’est ainsi que les garçons passent leur temps en partie aimantés à cet environnement naturel. Pas seulement parce qu’ils y vivent mais parce qu’il se fait presque légende : narré par le père de l’un d’eux ou par un aîné inconscient qui a réussi un périlleux saut depuis l’une des plus hautes falaises. Cette épreuve qui apparaît d’abord en creux, est rapidement pressentie pour devenir l’issue irréversible du récit du film. Mais avant elle, ce sont les tâtonnements maladroits et violents des adolescents et de leur personnalité qui gravitent. La surexcitation irrévérencieuse de Nate, le plus extrême des trois, en partie livré à lui-même, qui veut devenir astrophysicien en dépit de ses zéros pointés en sciences ; le mal-être de Riley, dont la souffrance éclot à partir d’une gentillesse qui compose mal avec le besoin de montrer qu’on est « cool »… ; enfin, Adam, aussi silencieux que Nate est bavard, le plus effacé, mais peut-être le plus lui-même des trois. Il est le véritable géant endormi du film, quittant brutalement son assoupissement enfantin à cause de la trahison terrible dont il est victime. Il faut saluer la justesse du jeu de ces trois acteurs originaires de Thunder Bay et pour qui c’est en majorité la première fois à l’écran. Ils forment un groupe symbiotique, englué comme des algues dans les ingratitudes de l’âge, qui cherche à se souder en faisant tout pour se défaire et déterminant la personnalité de chacun.

Andrew Cividino réussit à faire d’un sujet maintes fois abordé à l’écran (les troubles et douleurs de l’adolescence) une analyse fine des bouleversements à l’œuvre dans nos identités, rappelant qu’au fond la question du sujet importe peu pourvu qu’il soit traité avec un regard singulier et vrai. La visualité du film (notamment les plans larges sur le Lac Supérieur), la qualité du travail du montage et le soin d’originales interventions musicales, qui viennent servir de violents à coups-séquentiels, s’accordent aux personnages et annoncent le basculement tragique de leur histoire. Qu’ils se disputent pour les faveurs d’une jeune fille, fument, mettent un insecte au feu ou s’échinent à désintégrer un cadavre de mouette, on reste marqué par l’empreinte de ces trois petits hommes en devenir, cassés de s’être frottés à un paysage trop grand pour eux.

Titre original : Sleeping Giant

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Durée : 89 mn


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