Sept hivers à Teheran

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Un documentaire indispensable pour les droits de l’Homme et l’abolition de la peine de mort en Iran.

A point nommé

Ce documentaire exemplaire sort à point nommé, au moment où l’Iran devient de plus en plus intransigeant face aux multiples rebellions contre un régime de plus en plus religieux et autoritaire. Il s’agit bien sûr d’une histoire tragique, celle de la condamnation à mort d’une jeune femme entraînée dans un traquenard et qui a poignardé l’homme (influent bien sûr) qui voulait la violer. Selon la loi du talion adaptée par la religion musulmane, elle doit être tuée de la même manière par la famille de la « victime ». C’est ce drame que raconte le film en rencontrant les membres de la famille et en utilisant des extraits de caméra volée lors du procès et des reconstitutions. En 2007 à Téhéran, Reyhaneh Jabarri, 19 ans, est donc accusée de meurtre et condamnée à mort. À partir d’images filmées clandestinement, Sept hivers à Téhéran montre le combat de la famille pour tenter de sauver Reyhaneh, devenue symbole de la lutte pour les droits des femmes en Iran. 

Dénoncer la peine de mort en Iran

La réalisatrice, Steffi Niederzoll, est née à Nuremberg en 1981. Elle a étudié les arts et médias audiovisuels à l’Académie des arts et médias de Cologne puis à l’Ecole de cinéma et de télévision de Cuba entre 2001 et 2007. Ses quatre courts-métrages ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux dont la Berlinale. Elle a participé à différentes master class en réalisation et a également obtenu une bourse de l’Académie Culturelle de Tarabya (Turquie). Sept hivers à Teheran est son premier long-métrage prometteur. Elle raconte comment elle a eu l’idée et le besoin vital de réaliser ce film pour dénoncer la peine de mort en Iran. « J’ai appris l’histoire de Reyhaneh par la presse, en 2014. Son cas a eu une couverture médiatique importante en Allemagne, où vivait l’un de ses oncles. À cette époque, son histoire était seulement l’une des nombreuses histoires déchirantes que rapportaient les journaux. » Elle a tout fait pour rencontrer la mère de Reyhaneh qui, sollicitée par ailleurs par d’autres réalisateurs, accorde tout sa confiance à Steffi Niederzoll qui, à l’époque, partage la vie d’un Iranien en Allemagne.

Une mère exemplaire

Le fer de lance de cette défense est bien la mère de Reyhaneh, Shole Pakravan, née en 1964 à Kermanshah en Iran. Elle a fait ses études à l’Université des Arts de Téhéran en 1986 et a obtenu une licence en arts de la marionnette. Elle s’est mariée avec Fereydoon Jabbari et a donné naissance à sa première fille, Reyhaneh, en 1987. Deux autres filles ont suivi. Parallèlement à ses études, elle a commencé à travailler comme comédienne et s’est entièrement consacrée à cette profession après avoir terminé son cursus universitaire. Elle s’est produite sur les scènes d’Iran pendant 28 ans et a également dirigé un centre culturel. Cette femme qui traverse tout le film avec son charisme, son intelligence et sa dignité donne une leçon au gouvernement iranien pour sa façon particulièrement inique et cruelle de gérer la justice. Shole Pakravan est parvenue à faire réagir le monde entier et des millions de personnes ont été convaincues par sa cause. Malheureusement, sa fille sera exécutée et la famille de l’homme qu’elle a poignardé ne se laissera pas convaincre et ne lui accordera pas sa grâce. Le point d’acmé de ce beau film est justement constitué par les images de Shole Pakravan attendant le verdict à la radio depuis la voiture où elle est installée devant la prison. 

Un film indispensable

Toute la famille se montre très digne à travers tout le film, Shole bien sûr, on l’a dit, mais aussi ses deux filles, Sharare et Shahrzad, cette dernière ayant aussi subi les persécutions de la police pour faire plier sa soeur aînée. Elles vivent maintenant en Allemagne. Seul le père, Fereydoon Jabbari, vit toujours en Iran dont il ne peut sortir. Son épouse ne désespère pas de pouvoir enfin vivre à l’abri avec lui et s’inquiète que ce film ne lui fasse du tort. Mais le pouvoir iranien ira-t-il jusque-là ? Ce combat est cependant plus que nécessaire, affirme haut et fort la mère de Reyhaneh dans le dossier de presse du film : « C’est un film sur les droits humains et j’espère qu’il pourra apporter des changements. La plupart des Occidentaux ne peuvent pas comprendre ce qui se passe lorsqu’une peine de mort est exécutée. Les répercussions que cela implique sur les familles. Il serait formidable que cette compréhension accrue permette de renforcer la pression sur le gouvernement iranien. Chaque condamnation qui peut être évitée est un succès. » On le constate en effet : ce film n’est pas seulement un réquisitoire pour défendre les femmes, mais aussi un magnifique travail pour les droits de l’Homme, servi par la voix magnifique de l’actrice et productrice iranienne, Zar Amir Ebrahimi, installée en France, qui se superpose à celle, enregistrée de Reyhaneh maintenant disparue.

Titre original : Sieben Winter in Teheran

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Durée : 97 mn


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