Sea Sparkle

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L’aventure du deuil.

 Sea Sparkle, drame de la jeunesse réalisé par Domien Huyghe, met en scène la jeune (et talentueuse) Saar Rogiers alias Lena qui doit faire face à une énorme perte et parvenir à se relever et à réagir.

Léna (Saar Rogiers) partage l’amour de son père Antoine (Valentijn Dhaenens) pour la mer, passion avec laquelle il gagne sa vie. Lorsqu’une tragédie frappe l’équipage d’Antoine, toute la communauté est sous le choc alors qu’elle et sa meilleure amie Kaz (Dunia Elaweed) se retrouvent toutes deux aux prises avec la perte de leur père. Alors que des rumeurs circulent dans la ville selon lesquelles l’attitude enthousiaste d’Antoine en cas de mauvais temps pourrait être à l’origine du drame, Léna cherche également des réponses.

Ce qui caractérise Sea Sparkle, notamment dans la toute première partie, c’est un silence pesant. Malgré les premières minutes de joie et de plaisir de Lena avec son père, un silence presque assourdissant plane sur la protagoniste (et le spectateur). Le processus de deuil et de perte n’est pas facile pour la très jeune fille, très attachée à sa figure paternelle. C’est pour cette raison qu’elle se réfugie en elle-même, se retrouvant souvent seule et en silence, mais réfléchissant à ce qui l’entoure. Et ce sur quoi, selon elle, aurait pu être la cause de tout. Un silence accompagné d’images qui, en plus d’être évocatrices, sont aussi le seul élément auquel s’accroche la toute jeune fille. Ce silence commence ensuite à être remplacé par la colère. Une rage contre tout et contre tous, une rage qui s’illumine comme si on cliquait sur un interrupteur. Au moment où, pour le meilleur ou pour le pire, des mots ou des phrases concernant son père parviennent aux oreilles de Lena, elle craque comme un ressort.​ C’est parce qu’elle ne veut pas l’oublier, elle ne veut pas non plus que les autres l’oublient. Et elle tente d’enquêter par elle-même et aussi réhabiliter son père. Parce que personne ne semble vouloir la croire.

Il n’est donc pas étonnant que, lorsque le bateau sur lequel ils transportent les cendres vers la mer soit secoué et qu’elle aperçoit une ombre sous les vagues, elle soit convaincue qu’il existe une étrange créature qui a causé l’accident de son père. Avec une caméra aussi flottante que le personnage et le bateau, et des sons assourdis, Domien Huyghe nous transmet l’état de Lena lors de la cérémonie d’enterrement de son père. Lors d’une autre scène, fragile, elle se rend ensuite de nuit en bord de mer pour exprimer sa colère (accompagnée fort justement de guitare électrique), ceci à grands coups de pieds dans l’eau. Cependant, convaincre tout le monde n’est pas si simple, mais elle parvient à faire appel à un adolescent un peu plus âgé, Vincent (Sverre Rous), qui travaille cet été à l’aquarium local.

Huyghe – dont c’est ici le premier long-métrage – laisse subtilement l’isolement ressenti par Lena faire surface, dans un film qui prend en premier lieu la forme d’un conte d’aventures, mais, avec l’une des bases du film reposant en grande partie sur la force de l’amitié que Lena trouve aux côtés de Vincent, cette œuvre se transforme par la suite en quête initiatrice. Vincent n’est pas entièrement sceptique à propos du monstre car – dans l’un des nombreux éléments qui enracinent ce film fermement dans le monde réel plutôt que dans un cadre fantastique – il explique que le réchauffement des océans pousse les créatures marines à se déplacer vers des endroits où elles ne se déplaceraient pas normalement. Pourtant, il est évident qu’il est autant motivé par le désir de se constituer une nouvelle amitié que de découvrir un mystère des profondeurs.

Le déni de Lena à propos de son père contraste également avec le travail de deuil que Kaz élabore, qui consiste à créer un album de souvenirs de son père, et de celui de son frère aîné (Thibaud Dooms), qui travaille sur le problème via sa musique. Le sentiment d’ambiguïté entourant ce que Lena a vu est renforcé par le naturalisme avec lequel l’histoire est traitée. Lorsqu’elle rentre dans l’eau, ce n’est pas le bleu clair attendu mais le genre de couleur trouble de la Mer du Nord connotant le mystère. Contrairement à Lena, sa famille a accepté qu’elle ne saura jamais ce qui s’est passé lors de l’accident ; la mer est imprévisible et même les marins les plus expérimentés peuvent s’y heurter. Avec la créature marine enfin, peut-être, dans le collimateur de Lena, il faudra l’aide de Vincent et Kaz dans une dernière mission dangereuse pour découvrir, une fois pour toutes, si la créature marine existe vraiment.

Écrit par Jean-Claude van Rijckeghem et Wendy Huyghe à partir d’une histoire de Wendy et Domien Huyghe, Sea Sparkle est un drame de passage à l’âge adulte sur la perte qui explore avec empathie les nombreuses façons différentes d’exprimer le chagrin. L’idée de la créature marine fonctionne bien à la fois comme outil narratif et comme exutoire personnel pour Lena ; c’est son parcours pour accepter la mort de son père, voire son Moby Dick. Qu’elle trouve ou non la créature, vous devrez regarder ce long-métrage subtil pour le savoir. Sea Sparkle, il est vrai, pourrait presque ressembler à un film pour enfants grâce à la présence d’un protagoniste jeune et intéressant. Mais ce n’est pas réservé qu’à un public jeunesse. Très puissant et incisif, le film n’est pas démonstratif ou didactique en s’attardant sur des détails angoissants ou tristes. Il est efficace ne serait-ce que par ses intentions. Le spectateur souffre et lutte aux côtés de Lena qui n’abandonne pas et n’accepte pas la défaite que lui impose son entourage. Un excellent moyen de démontrer que l’entêtement et la volonté sont fondamentaux dans la vie. Pas seulement celle des plus jeunes.

Filmé à hauteur de jeunesse, de tristesse, et d’émotion, bénéficiant d’une photographie s’appuyant fréquemment sur la lumière naturelle et offrant d’excellents contrastes, Sea Sparkle reste un film original, un conte moderne pour tout public. Nous sommes tous, finalement, de grands enfants en quête de bonheur.

Titre original : Zeevonk

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Durée : 98 mn


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