Scandale (Shubun)

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Le début du film s’attaque au problème des paparazzis et à la notion de célébrité. La presse à scandale est décrite comme peu scrupuleuse, prête à tout pour le moindre « scoop » : « Même si un article n’est pas fondé, il devient crédible dès qu’il est imprimé », dit l’éditeur d’un magazine à […]

Le début du film s’attaque au problème des paparazzis et à la notion de célébrité. La presse à scandale est décrite comme peu scrupuleuse, prête à tout pour le moindre « scoop » : « Même si un article n’est pas fondé, il devient crédible dès qu’il est imprimé », dit l’éditeur d’un magazine à scandales.

La presse à scandale est donc dénoncée violemment. Cette partie est très peu convaincante, car Kurosawa ne fait que décrire en surface les mécanismes de la célébrité ; le regard polémique qu’il porte sur le sujet est minimaliste. En fait, il faut impérativement introduire cette thématique (qui ne sera exploitée dans aucun autre film du cinéaste) dans le contexte du Japon de l’époque pour découvrir sa portée cognitive (démarche qui, bien entendu, pose problème, car le film ne se suffit plus à lui-même) : « C’était un film de protestation. Il évoquait la montée de la presse au Japon et son habituelle confusion entre la liberté et la licence. La personne physique n’est jamais respectée et les feuilles à scandale sont les pires agresseurs. » (A. Kurosawa in The Films of Akira Kurosawa, par Donald Richie

Finalement, ce canevas est surtout l’occasion d’introduire des personnages forts et émouvants. L’élément le plus intéressant est le « glissement » de personnage principal : dans la première partie, les protagonistes sont le peintre et la star ; ensuite, le héros devient l’avocat. « Alors que j’écrivais le scénario, un personnage complètement inattendu s’était mis à prendre plus de vie que les autres, et avait fini par me mener par le bout du nez. Ce personnage, c’était celui de l’avocat marron Hiruta. Il vient voir les accusés pour trahir son client, le plaignant, qui essaie sincèrement de traîner en justice ces gangsters du verbe. A partir de ce moment-là, le film s’engagea dans une direction imprévue et devint quelque chose de complètement différent » (Akira Kurosawa in Comme une autobiographie). Un mal pour un bien, assurément…

Les premières séquences nous présentent l’avocat comme un personnage éminemment sympathique, et même drôle. La manière avec laquelle il avance ses idéaux sur la défense de la vie privée ou des droits de l’homme est vraiment irrésistible. Mais peu à peu, on découvre que ce personnage est profondément déchiré, totalement perdu entre ses principes moraux et la réalité de la vie. Par pure faiblesse, il ne parvient pas à se remettre dans le droit chemin. Il aura cependant un sursaut d’orgueil salvateur lors d’une séquence mémorable. Comme le héros de Vivre, se produit chez lui, très soudainement, un changement psychologique aux origines profondément somatiques qui le place sur la voie de la rédemption ; il est la figure du personnage qui passe de l’ombre à la lumière.

Un second personnage joue un rôle fondamental, il s’agit de la fille de l’avocat. On ne la voit que très peu, mais elle aura une importance capitale dans l’intrigue et influencera de manière directe l’évolution du personnage de son père. Elle est en fait le symbole de la compassion, du pardon et de la pureté des sentiments. C’est une âme pure, « une étoile » dira le peintre. Cette figure de l’âme pure est récurrente dans toute l’œuvre du Kurosawa : on y trouve la trace dès son deuxième film, Le Plus beau (1944), avant que L’Idiot soit centré autour de cette thématique.
Dans la séquence de Noël, on voit l’avocat avancer dans le couloir longeant la pièce principale de sa maison. Il regarde à travers de petites fenêtres. Il voit sa mère ; puis le pianiste ; puis la chanteuse ; et enfin sa fille, une couronne sur la tête, régnant sur la scène, un large sourire aux lèvres. Cette séquence, techniquement parfaite, est sans nul doute la plus belle du film. On peut penser que c’est à ce moment que se produit le changement psychologique chez l’avocat : s’il ne fait pas le bien pour lui, il doit le faire pour sa fille, en respect de sa mémoire…

Au final, Scandale est un beau film. En abordant un thème très (trop) limité, Kurosawa introduit des personnages haut en couleurs. Il y a certes une incohérence majeure dans l’intrigue et une tendance évidente à céder à des élans mélodramatiques (dans la même veine que son précédent film Le Duel silencieux). Mais le film a une âme, et certaines séquences sont magnifiques d’émotion.

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