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Rétrospective « Une Nouvelle Vague italienne » à la Cinémathèque française jusqu’au 7 février

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Après les festivités consacrées aux 50 ans de la Nouvelle Vague en France en 2009, la Cinémathèque française propose un cycle intitulé << une Nouvelle Vague italienne >>. Jusqu´au 7 février sera projetée plus d´une trentaine de films, des longs et des courts métrages, sortis en salles entre 1951 et 1969.

Si l’existence d’une « Nouvelle Vague » en Italie, au même titre que l’existence d’une Nouvelle Vague en France, fait débat, l’intitulé du cycle par la Cinémathèque : « une Nouvelle Vague italienne » et non pas « la Nouvelle Vague italienne », ne laisse planer aucun doute. Certes, le titre du dossier de presse affiche un point d’interrogation, « une Nouvelle Vague à l’italienne ? », disparu sur le site Web de la cinémathèque, mais pour revendiquer une Nouvelle Vague, le cinéma italien n’a pas à afficher exactement les mêmes caractéristiques que la Nouvelle Vague française. En programmant ces films, la Cinémathèque cherche davantage à faire (re ?) découvrir ces films du milieu, leur renouveau par rapport au néoréalisme qui les précède, plutôt que de mettre en porte à faux le cinéma de deux pays voisins, forcément influencé l’un par l’autre.

Pas un cinéma pour se divertir

Nouvelle Vague ou non, le cinéma italien des années 1950-1960 avait des prétentions et dédaignait le cinéma commercial. Prétentions à la véracité, à l’authenticité, à la réalité moderne de l’époque. Ainsi, incrédule face à des films jugés intellectuels puisqu’il ne les comprend pas, un personnage de La Vie aigre de Carlo Lizzani (1964) dit à un autre qu’il va uniquement au cinéma : « pour [se] divertir », provoquant les éclats de rire de son auditeur. S’écartant du commercial, ce cinéma cherche avant toute chose à être le reflet du réel. Réel au point que dans le court métrage Ingrid Bergman, de Roberto Rossellini (1953), l’actrice joue son propre rôle et s’adresse au spectateur. Scène identique dans La Vie aigre : l’acteur Carlo Cecchi nous parle face caméra durant tout le film.

Aussi, nombre de critiques d’hier et encore d’aujourd’hui s’accordent pour dire que les premières scènes du film La Fille dans la vitrine de Luciano Emmer (1961) relèvent quasiment du documentaire. Dans ce film, on suit en effet la libération de Lino Ventura et Bernard Fresson prisonniers d’une mine hollandaise suite à un éboulement. Sur un autre thème, Un monde nouveau de Vittorio de Sica (1966) illustre bien cette étude de justesse et de fidélité. A Paris, une étudiante (Christine Delaroche) se retrouve enceinte d’un photographe (Nino Castelnuovo). Ses interrogations et les risques encourus par un avortement illégal sont dépeints avec une sensibilité hyperréaliste qui fait de ces scènes un témoignage à part entière. Plus surprenant, le corps féminin est digne d’intérêt dans La Vie aigre. Carlo Cecchi parle avec Laura Troschel du retard de ses « menstruations ». Le corps féminin digne d’intérêt donc, contrairement à la femme qui n’est pas toujours digne de respect – comme dans les années 1960 ? – si l’on s’en réfère à Lino Ventura rotant au visage de Magali Noel (La Fille dans la vitrine, Luciano Emmer).


« Ils ne pensent qu’à ça ! »

Parmi les bouleversements des années 1950-1960, l’un des plus notables reste celui de la libération sexuelle. A l’instar du Théma d’Arte ce dimanche 30 janvier intitulé « Ils ne pensent qu’à ça ! », les films de ce cycle ne parlent pas « que de ça » mais ils en parlent beaucoup. Mais sans nommer le sexe en tant que tel, ni même sans le montrer. Les scènes de sexe explicites n’existent pas (du moins dans les films précités) mais d’une manière ou d’une autre, les personnages y viennent ou y reviennent. Après leur libération, les mineurs de La Fille dans la vitrine filent à Amsterdam justement pour profiter des filles dans les vitrines. Dans La Vie aigre, des dessins sur le sexe circulent. Dans Fumée de Franco Rossi (1962), la fille lambda, lascive et diablement érotique en maillot de bain, s’habille, se déshabille et se change à tout va. Parce que l’intrigue se déroule aux Etats-Unis, terre de vice ? Pas si sûr.

En 1950-1960, l’italien a la bougeotte

Les Etats-Unis sont peut-être une terre de vice, mais la morale n’est pas bien présente dans le reste des films de ce cycle. Et qui dit morale à cette époque pense religion dans l’Italie ultra catholique. La croix brillante pendue autour du coup d’un mineur noir blessé par l’éboulement de la mine jure clairement, c’est le cas de le dire, avec la légèreté de mœurs de Lino Ventura et de Bernard Fresson, qui s’en sortent eux, sans croix ni religion, sans une seule égratignure (La Fille dans la vitrine). Légèreté de mœurs dépeinte également dans La Vie aigre. Le mari licencié parti à Naples s’installe secrètement avec une autre tout en conservant des liens à distance avec femme et enfant. La maîtresse dont il est amoureux est une femme libérée, avec qui il est en phase intellectuellement, une femme qu’il peut embrasser à pleine bouche contrairement à son épouse qu’il baise sur les joues. Et pourtant, promise à un non avenir avec ce mari amoureux d’elle mais lâche, la maîtresse filera en train vers un meilleur avenir.

Par choix ou forcé, l’italien a la bougeotte à cette époque. D’Amsterdam à New York en passant par Paris, les cinéastes italiens des années 1950-1960 expatrient leurs héros. Héros qui vont parfois, dans le même film, par monts et par vaux. Les deux compères du film de Luciano Emmer se rendent ainsi à la mine d’abord, à la ville ensuite et à la plage enfin. Ces voyages sont aussi l’occasion de pointer du doigt le contraste entre la campagne, riante et source de bonheurs simples, et la ville, froide et déshumanisée dont « l’asphalte a brisé les révolutions » (La Vie aigre, Carlo Lizzani).

Instantanés d’une époque, les films présentés dans le cadre de cette « Nouvelle Vague italienne » sont sociaux, reflets d’une société mutante. Et à lire History of Italian Cinema (1993), de Peter Bondanella, il n’est pas sûr que cette Nouvelle Vague soit moins importante que la française : « la décade située entre 1958 et 1968 peut rétrospectivement être définie avec précision comme l’âge d’or du cinéma italien car dans aucune autre période isolée sa qualité artistique, son prestige international ou sa puissance économique ne fut aussi élevée. »


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