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Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier

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Un film provocateur, volontairement superficiel, qui marque les débuts de Pedro Almodovar.

Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier ( Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón) est le premier film de Pedro Almodovar. Porté par le souffle nouveau de la « Movida », le cinéaste espagnol ose tout, vraiment tout. Il créé un univers où les tabous et autres conventions sociales volent en éclat, mettant en scène des personnages loufoques que l’on croirait tout droit sortis de films « bis ».

Tout devient prétexte à l’humour absurde et souvent graveleux et/ou scatologique : l’étonnante séquence d’ouverture sur une « forêt » de cannabis, les scènes de viol à l’humour surréaliste, l’épisode des « érections générales », la séquence où Bom la dominatrice urine sur Luci la soumise, etc…
L’humour excentrique donne au film un ton irréel. Pas toujours de bon goût certes, mais définitivement corrosif. On notera de manière plus fondamentale qu’il procède d’un renversement total des valeurs : le mauvais goût devient une qualité, la vertu un vice décuplé. La morale explose en plein vole, laissant voguer des personnages délivrés de toute hypocrisie, guidés par la seule jouissance individuelle.

Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier est également un triple portrait de femmes, un de ceux que le cinéaste affectionne particulièrement. Il y a Pepi, la femme libérée et indépendante, dominatrice et un brun sadique, qui souhaitait vendre sa virginité et qui finalement se fait violer (sa vengeance sera terrible). Il y a Luci, la femme soumise et masochiste qui se cherche une identité pour trouver le bonheur, tout simplement. Luci est peut-être le personnage le plus intéressant : Almodovar esquisse à travers son portrait un mouvement de libération de la condition féminine. Enfin il y a Bom, le personnage le moins captivant des trois femmes. Et les hommes dans tout cela ? Ils n’occupent qu’une place marginale, souvent relégués au rang de faire-valoir.

Pour un premier film, Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier a donc quelques qualités à mettre en avant. Pur produit de l’underground madrilène, porté par un esprit libertaire exaltant une fraîcheur tout à fait plaisante, il donne également le ton d’un bon nombre de films du cinéaste, notamment dans la première partie de sa carrière : goût pour le kitsch, audace absolue, réalisation percutante.

Il manque cependant de liant, de constance et de cohérence, ressemblant trop souvent à une succession de scénettes comiques où le cinéaste exhibe un humour corrosif mais parfois limite (quelques séquences sont tout de même assez pathétiques). On regrettera également que l’aspect « cartoon » nuise à la lisibilité des personnages.

Titre original : Pepi, Luci, Bom y otras chicas del monton

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Durée : 90 mn


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