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Monrovia, Indiana

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Avec « Monrovia, Indiana », Frederick Wiseman filme en ethnographe une partie de son pays,une tranche de vie calme mais toujours plus repliée sur elle-même.

Frederick Wiseman, le célèbre documentariste américain à qui l’on doit de superbes films sur des scènes de la vie quotidienne, mais aussi sur la boxe, l’Opéra de Paris, la National Gallery ou même le Crazy Horse, entre autres, a installé sa caméra dans une toute petite ville de 1400 âmes au sein du Middle West, dont personne n’avait jusqu’alors entendu parler, Monrovia, et qu’il va rendre célèbre sans doute maintenant avec ce film de presque deux heures et demie. Toujours aussi impressionniste, le film propose sans jamais être ennuyeux une radiographie d’instants particuliers ou anonymes des habitants de la petite ville  : un repas au restaurant, un enterrement, une rencontre fortuite dans un café, des réunions au conseil municipal, etc. Appliquant strictement les principes de base de son acte filmique, mis en scène dès son premier documentaire, Titicut Follies en 1967, il va faire de Monrovia, Indiana une sorte de point d’acmé de son style, sans interviews, sans commentaires off, sans musiques additionnelles et semblable à l’idée qu’on se fait des documentaires qui filment des indigènes aux mœurs inconnues. Après la prise de rushs, tout le travail est ensuite complété au montage qui peut durer, comme c’est le cas pour son dernier film, plus de douze mois.

 

 

Le tournage dans cette petite ville que lui avait fait connaître un professeur de droit de l’université de Boston, a duré environ neuf semaines et, dans le dossier de presse du film, Frederick Wiseman s’explique sur les raisons qui l’ont amené à la choisir. Tout d’abord, c’est une petite ville qui se prête bien à la série de documentaires qu’il a déjà réalisés sur le mode de vie américain. De plus, il n’avait jusqu’à présent filmé que sur les côtes Est et Ouest, mais pas encore dans le centre des États-Unis et Monrovia, du fait qu’elle est placée dans une zone de culture intensive du maïs, présentait un intérêt pour le réalisateur au niveau de l’agriculture et de la religion. De plus, mais cela n’est jamais mis en avant dans son film, c’est une population qui a voté pour Donald Trump à 70%, constituée presque exclusivement de Blancs-Américains, dont les revenus sont légèrement supérieurs à la moyenne de l’Indiana, et même des États-Unis. Enfin, comme le fait remarquer le réalisateur lui-même, les habitants de Monrovia ne semblent pas s’intéresser le moins du monde aux événements de la planète, ni même à leur État, l’Indiana, et la plupart ne sont même jamais allés à Indianapolis, réputée pour sa grande course automobile, à seulement 30 minutes en voiture de là. La vie à Monrovia serait-elle alors un long fleuve tranquille ? Il semblerait que oui, si l’on regarde ce film absolument passionnant qui ne juge absolument personne et nous donne une sorte de portrait vivant de tous les moindres événements de la vie de ces gens dont on ne pourra qu’admirer le sens de la démocratie, le calme et la sérénité que ce soit dans leur vie quotidienne ou leurs échanges, rarement culturels, mais édifiants sur le plan ethnologique.

 

 

Le film est d’ailleurs construit comme le déroulement de la vie avec la naissance puis la mort, ponctuée d’actes plus ou moins fondateurs comme la manducation, la chasse, la récolte, la mort et la fête. On ne sent ni animosité, ni curiosité, mais comme une bienveillance neutre dans les images magnifiques que nous propose Frederick Wiseman. C’est d’ailleurs lui qui parle au mieux de son expérience en territoire du Midwest dans le dossier de presse  : «  Durant les neuf semaines de tournage, les habitants de Monrovia ont été accueillants, aimables et serviables. Ils m’ont laissé voir tous les aspects de leur vie quotidienne. Une seule personne seulement n’a pas voulu être filmée. Ils étaient contents que je m’intéresse à eux et à leur façon de vivre. Ce qui m’a le plus surpris à Monrovia, c’est le manque de curiosité et d’intérêt qu’ils manifestent pour le monde extérieur à leur ville.  »

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Durée : 143 mn


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