Mikey and Nicky

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Une nuit dans le Philadelphie des années 70. Seul dans sa chambre d’hôtel, Nicky est terrifié. Il sait de source sûre qu’il va être assassiné pour avoir arnaqué un mafieux. Son ami de trente ans, Mikey, vient l’aider à surmonter sa peur, le soigne et réussi à le faire sortir de son antre pour affronter […]

Une nuit dans le Philadelphie des années 70. Seul dans sa chambre d’hôtel, Nicky est terrifié. Il sait de source sûre qu’il va être assassiné pour avoir arnaqué un mafieux. Son ami de trente ans, Mikey, vient l’aider à surmonter sa peur, le soigne et réussi à le faire sortir de son antre pour affronter la rue. L’atmosphère qui se dégage de ces toutes premières scènes est à la limite de la paranoïa, la caméra s’adapte, tremble et se trouble lorsqu’elle est en présence d’un des personnages. D’emblée, l’ambiance du film est posée tenant tout entière sur l’instabilité et l’aléatoire.

Mikey and Nicky creuse avec brio la destruction d’une vieille amitié pleine de rancœurs et de souvenirs. La déambulation des deux hommes se poursuit dans les rues, les bars, le bus, le cimetière. Ces deux personnages ne nous sont donnés à voir que par bribes, ils ne sont caractérisés que l’un par rapport à l’autre, leur existence dépendant essentiellement de ce rapport complexe qui les unit, entre amour et haine, admiration et mépris.

Mikey, tout d’abord, nous apparaît comme un homme dévoué, un ami fidèle, prêt à enfoncer une porte ou à donner sa montre et sa veste. Puis, rapidement, on découvre qu’il a trahi Nicky en le livrant à l’homme qui veut sa mort. Un tueur à gages totalement loufoque et apportant de ce fait une touche humoristique au film. Toujours immobile, assis dans sa voiture, et ne cessant de se tromper de chemin malgré les indications que lui donnent les passants et les cartes, cet étrange personnage est ainsi en décalage temporel et géographique constant avec sa cible.
Nicky, quant à lui, passe d’une position de faiblesse, geignant sur son lit comme un enfant malade, à une position de force, véritable guide de l’errance. Ce personnage interprété par John Cassavetes, semble possédé, dans l’incapacité d’arrêter ses mouvements, voulant toujours changer de lieu pour ne jamais envisager le point d’arrêt qui entraînerait sa mort.

Puissamment porté par deux grands acteurs, Mikey and Nicky donne à voir la mort d’un homme et d’une amitié tout en construisant une atmosphère urbaine angoissante (voir cette poursuite en voiture d’un homme que Mikey prend pour Nicky, éclairé simplement par un phare sur le mur). Le film oscille ainsi entre des extérieurs sombres et oppressants et des intérieurs plus lents, théâtralisés à l’extrême. Ces séquences enfermées laissent entrevoir l’influence de Cassavetes dans ce film. La séquence écarlate finale, aboutissement nécessaire et tragique de cette errance, clôt le film comme il a débuté, mais la porte ne s’ouvre plus, le temps a rattrapé Nicky qui meurt en essayant, une dernière fois, de trouver appui sur son ami Mikey.

La séquence au cimetière, extrêmement sombre, jouant sur la néantisation de l’espace filmique et laissant juste deviner les visages, nous fait entrevoir le passé des personnages : un frère mort alors qu’il était encore enfant, la disparition d’une mère. L’irrespectuosité de Nicky, lorsque Mikey tente de faire le kaddish pour sa mère, n’est pas sans évoquer la séquence de Mean Streets, sorti quelques années auparavant. Les cassures de leur relation transparaissent ici dans leur rapport au passé. Mais elles se construisent aussi tout au long du film, Mikey ne parvenant pas à coucher avec la femme « facile » (physiquement et mentalement proche du personnage de Mabel dans Une Femme sous influence) que lui présente Nicky. Ce dernier allant jusqu’à casser la montre du père de Mickey dans un moment d’absence, geste sonnant le glas d’une relation déjà fragile et faisant remonter à la surface la totalité des vieilles rancoeurs enfouies dans les deux hommes, qui parviennent enfin, dans une rue sombre de Philadelphie, à se regarder face à face et à s’avouer enfin toutes leurs vérités.

Mikey and Nicky est une œuvre passionnante sur les liens ténus et fragiles de l’amitié. La lenteur du film fait parfois sentir le temps comme tombeau de ces liens. Ils se désagrègent dans l’extrapolation rythmique qui densifie le film. Le temps rend palpable le fossé qui s’est creusé entre les deux personnages. La tension psychologique et physique n’en est que plus grandissante.

Titre original : Mikey and Nicky

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Durée : 118 mn


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