Mercenaire

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Un belle oeuvre sur le monde du rugby filmée à travers le destin d’un jeune joueur wallisien de Nouvelle-Calédonie.

Filmer l’univers du rugby

L’étymologie du mot mercenaire désigne une personne qui ne travaille que pour son salaire, avant de devenir un soldat servant un pays étranger contre de l’argent. Il n’est donc pas étonnant que Sacha Wolff ait donné ce titre à son magnifique film puisque l’histoire se recentre principalement sur l’aventure d’un jeune Wallisien de Nouvelle-Calédonie, Soane, qui a été acheté par une équipe de rugby du Sud-Ouest de la France. Le film est magnifique en effet, d’une part par ses images et sa mise en scène, d’autre part en regard du monde qu’il dépeint et qui n’a pas souvent été abordé au cinéma, celui du sport et du rugby en particulier. Le réalisateur vient d’ailleurs du documentaire et cela se sent dans presque chaque plan, chaque idée, comme s’il voulait encore restituer le réel de cette fiction pas si éloignée de la réalité. De plus, par sa philosophie, Mercenaire propose une sorte d’illustration de la célèbre théorie de Jean-Jacques Rousseau selon laquelle l’homme naît bon et que c’est la société qui le corrompt. Il n’est que de voir le bon regard doux d’agneau du jeune et magnifique Soane, incarné par Toki Pilioko qui joue de son corps de géant d’une manière à la fois élégante et bouleversante, pour comprendre que ce jeune homme est bienveillant.

 


Des trajectoires individuelles

Depuis son départ des squats de Nouméa, chassé par un père qui ne sait dire « je t’aime » qu’à coups de ceinture, la vie de Soane est pavée de déconvenues, que ce soient celles occasionnées par le sport car on le force à se doper, ou celle de sa vie amoureuse, sans parler bien sûr des conditions sociales de son accueil et de sa survie. Pourtant, le jeune homme ne perd jamais confiance en l’existence et son histoire n’est en fait qu’une leçon de vie et de courage. Entièrement tourné avec des acteurs non professionnels, à l’exception de Coralie, la petite amie de Soane, très bien interprétée par l’actrice Iliana Zabeth, Mercenaire parvient à dresser un portrait tout en demi-teintes du monde du rugby français, entre compromissions, mensonges et trucages. On oppose souvent en effet le monde « pourri » du football à celui censément pur du rugby, et il semblerait, en suivant la trame du long métrage, qu’il n’en est rien et que ce monde est tout aussi corrompu. Mais ce n’est pas son seul propos. Sacha Wolff ne perd jamais de vue qu’il est un documentariste et il prend un réel plaisir justement à nous montrer une réalité qui n’est jamais manichéenne. On peut rencontrer dans son oeuvre autant de pourris que de gens honnêtes et attachants, comme ce joueur de rugby qui chante à la perfection un air du Don Giovanni de Mozart, ou des séances de hakka particulièrement bien filmées. Tout le film repose d’ailleurs sur la notion de pardon, du retour aux racines et rares seront les spectateurs à ne pas être émus par la séquence finale qui culmine dans un retour aux sources non dépourvu de sensibilité à la fois dans le traitement des personnages et celui de la mise en scène, par des plans somptueux sur la beauté de la nature calédonienne.

 

Film à la fois élégiaque et initiatique qui repose notamment sur une musique toujours bienvenue et sur laquelle Sacha Wolff revient dans le dossier de presse du film : « Le premier élément important était l’utilisation de l’orgue d’église. La religion a un poids gigantesque en Océanie, elle définit les rapports sociaux, la vie quotidienne, elle illustre totalement l’histoire de cette partie du monde qui a été colonisée et dominée il y a à peine deux siècles. […] Le deuxième élément était un autre instrument entendu là-bas : la conque, ce gros coquillage dans lequel on souffle. Si la conque est plus naturelle, plus ancienne que l’orgue, les deux sons de ces instruments sont très proches, puisque le principe reste de souffler dans un objet. Je voulais que les sonorités de ces deux instruments à vent finissent par se marier et ne pas avoir peur d’aller dans une forme de lyrisme, d’explorer des sentiments, les exprimer pleinement grâce à la musique qui donne une couleur d’ensemble au film et finit même par le porter. »

Titre original : Mercenaire

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Durée : 104 mn


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