Marieke

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En hommage à la chanson éponyme de Jacques Brel, « Marieke », à la mélancolie diffuse, voici un film hommage à la belgitude. La Belgique se dessine de plus en plus comme l’avenir du cinéma européen.

Même sans parler couramment flamand, tout le monde connaît et se laisse envahir par la mélancolie de la chanson éponyme que, de sa voix si particulière, Jacques Brel a immortalisée. C’est en son honneur sans doute que Sophie Schoukens a donné son nom à son premier long métrage. C’est d’ailleurs ce qu’elle confie au dossier de presse : « Brel a toujours été une figure phare dans ma vie depuis ma petite enfance. […] Quand j’entends une chanson de Brel, je me sens vraiment chez moi et je chéris cette "belgitude". […] Quand Brel chante "ay Marieke Marieke, zonder liefde warme liefde tout est fini…", cela résume le film pour moi : sans amour, sans chaleur, tout est fini. »

Tout est dit et le film se comprend mieux à la lumière de cette chanson, et surtout de la mélancolie du Plat Pays. Historienne de l’art, Sophie Schoukens doit bien sûr se souvenir des tableaux flamands aussi lorsqu’elle compose les images de son film qui raconte la vie de Marieke, jeune fille sans père qu’un secret en liaison avec sa mère taraude et qui va d’homme en homme. Pas n’importe lesquels : des hommes mûrs qu’elle aime caresser, prendre en photos, morceler comme des souvenirs de chair, comme si la « vieille peau » était interchangeable dans un renversement de l’érotisme qui, d’habitude, préfère les corps jeunes et féminins, pour les exploiter, les découper, les exhiber, ne serait-ce que dans la publicité. Elle est interprétée par la jeune Hande Kodia qu’on a pu découvrir chez Philippe Ramos (Capitaine Achab) par exemple, mais aussi chez Patrick Granperret (Meurtrières). Elle apporte au personnage une présence quelque peu diaphane et mélancolique qui en fait sa force.

 

Le film commence et se termine par un bain matriciel comme naissance dans le ventre de la mère (séquence d’ouverture lorsqu’elle est enfant avec sa mère dans la même baignoire), puis de nouveau dans une baignoire avec l’homme aimé entre tous, qui va mourir. Allusion à la matrice et au liquide amniotique, mais aussi aux fonds baptismaux, l’eau est à la fois la vie, et la mort dans un perpétuel mouvement de renversement dialectique. Marieke seule au monde en fait, recherche un soutien, une figure paternelle et elle croit qu’en se donnant, elle recevra. C’est souvent assez illusoire.

Aidée d’Alain Marcoen, le caméraman des Dardenne, Sophie Schoukens nous livre un premier film émouvant, loin de l’humour absurde dont les Belges se sont fait une belle spécialité, mais proche de cette « belgitude » précédemment évoquée, diffuse, indéfinissable, mais pleine d’une douce mélancolie attachante et quasi létale. Marieke a peur d’aimer comme beaucoup d’entre nous, d’où son errance à 20 ans, proche et éloignée de la vie. « Elle doit d’abord grandir et guérir de ses blessures, déclare la réalisatrice. Les hommes âgés dans le film l’aident à remplir son propre vide… momentanément. » Avec des films courageux, même s’ils ne brillent pas toujours par leur délicatesse comme Hasta la Vista de Geoffrey Enthoven, on pourrait se demander si l’avenir du cinéma européen ne serait pas en train de se faire du côté de la Belgique…
 

Titre original : Marieke, Marieke

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Durée : 85 mn


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