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Love Sick

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Dans le silence des regards dansant au gré de désirs réciproques qui s’effleurent, nous survolons maladroitement l’esquisse d’une attirance, l’essai d’une peinture amoureuse entre deux jeunes étudiantes roumaines et l’idée d’une liberté difficile à acquérir. Afin d’évoquer le frémissement de cette relation entre jeux interdits (relation homosexuelle entre Kiki et Alex, relation incestueuse entre Kiki […]

Dans le silence des regards dansant au gré de désirs réciproques qui s’effleurent, nous survolons maladroitement l’esquisse d’une attirance, l’essai d’une peinture amoureuse entre deux jeunes étudiantes roumaines et l’idée d’une liberté difficile à acquérir. Afin d’évoquer le frémissement de cette relation entre jeux interdits (relation homosexuelle entre Kiki et Alex, relation incestueuse entre Kiki et Sandu son frère aîné) et feux intérieurs, le cinéaste déploie une mise en scène rigoureuse à l’austérité étrange.

Engoncé dans une romance en demi-teinte, Love Sick dévie vers la description sociologique des rapports humains (parents – enfants ; ville – campagne ; hommes – femmes) et use d’un étalage de mots empêchant les corps de se découvrir dans l’intimité d’une chambre. Tout est survolé, comme une mèche qui ne cesse de s’éteindre, tout est continuellement brisé, comme un mur qu’on ne peut élever, tout est vain, comme une caméra incapable de saisir l’espace de ces amours contradictoires.

L’incurie à cinématographier deux corps pour ce qu’ils sont, dans un effet d’attirance aussi mince que déstructuré, nuit à la cohérence d’une psychologie où le désir partage la découverte et l’amour, la timidité. Englué par les trop nombreuses scènes de famille, inutiles et très peu informatives sur la société roumaine d’aujourd’hui, le film ne crée aucune intimité dans la/les relations et tourne en rond. Ce qui aurait demandé fluidité, sens du contrepoint et liberté du cadre, pour que la relation s’exprime et nous inonde dans sa complexité amoureuse, n’est que rigueur du verbe dans un jeu de postures sans presque aucune ligne de rupture (voir l’attitude beaucoup trop stéréotypée de Sandu).

Si le rôle d’Alex est sans doute le plus réussi (elle dégage une naïveté troublante, entre pudeur et force des sentiments), celui de Kiki est immanquablement décevant. Incapable de tenir le film (n’est-elle pas le pivot de cette double relation ?), elle exprime un désir de façade, s’impose avec rudesse, puis tangue dans chacune des situations affectives proposées dans le ronflement des convenances scénaristiques; sa position est ainsi décalée et n’arrive jamais à s’inscrire dans le tempo d’un film abordant mollement les passions amoureuses. Le tout est assez maladroit (les affres du frère, les carcans d’une société encore « paysanne »…), manquant de profondeur visuelle dans les émotions évoquées (les attentes d’Alex, les questionnements de Kiki, la difficulté et la peur d’un engagement, les joies et les peines, la rupture…) et n’arrivant jamais à toucher un spectateur trop extérieur à la relation qui se tisse devant ses yeux.

La scène qui aborde les deux jeunes femmes philosophant sur le René de Chateaubriand est, de ce point de vue, symptomatique de la faiblesse cinématographique du métrage. Ce qu’elles développent par les mots et le sens qui leur est attribué (réflexion sur la légitimité d’un tel amour ; expression d’une recherche d’identité ; peur d’un engagement dans ce qui reste une histoire de jeunesse ; justification des choix, des contraintes, des attitudes…) ne se retrouve pas dans le vécu d’une mise en scène qui s’intéresse aux troubles des corps dans l’emprise d’une passion tumultueuse. Cette pirouette scénaristique ressemble alors à une tentative fallacieuse pour évacuer le sujet même de Love Sick. Le spectateur se sent bafoué, trompé et sort définitivement de ce ballet amoureux ne voulant pas assumer son érotisme et ses interdits, comme trop « marqué » par la pesanteur d’une société n’ayant pas encore réalisé sa révolution culturelle.

Il aurait fallu donner plus de vie à cette relation en osant fragiliser les convenances dans un jeu scénique plus construit et troublant. Au lieu de cela, nous assistons, incrédules, à l’évocation puérile d’un amour de jeunesse sans âme ni passion vibrante.

Titre original : Legaturi bolnavicioase

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Durée : 86 mn


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