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Les Mains en l’air

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Fable politique et ludique, « Les Mains en l’air » est surtout un film naïf et maladroit que l’allant et l’énergie de ses interprètes ne parviennent pas à sauver.

Le 22 mars 2067, Milana se souvient de ce qui lui est arrivé il y a 60 ans. En 2009, alors jeune élève en CM2, elle fréquente sa petite bande de copains : Blaise, Alice, Claudio, Ali et Youssef. Mais un jour, Youssef, qui n’a pas de papiers, est expulsé. Puis c’est au tour de Milana d’être menacée. Se sentant alors en danger, les enfants se jurent de rester ensemble et organisent un complot pour sauver la jeune fille.
 
Huit ans après Une Pure Coïncidence, vrai-faux documentaire sur les marchands de faux-papiers en France, Romain Goupil s’empare par le biais de la fable de la question des sans-papiers ; thème brûlant de l’actualité et déjà abordé par de nombreux cinéastes.

Même s’il semble abandonner le militantisme pur et dur de ses œuvres précédentes, et bien qu’il se défende de réaliser un film engagé, Romain Goupil porte un regard pour le moins solidaire sur la situation des travailleurs sans-papiers en France. Cette question de « l’engagement », de la charge politique et idéologique, bien qu’elle ne se substitue pas à un discours critique, a tout de même son importance. En effet, dans l’opinion publique, dans la sphère médiatique, Goupil en était resté à son soutien inconditionnel de la politique va-t-en guerre américaine. Déjà à l’époque, beaucoup de penseurs et artistes voyaient là chez l’ancien trotskyste une incohérence intellectuelle et un retournement de veste. Evidemment, Les Mains en l’air, c’est beaucoup plus que le rachat de sa conscience de gauche par un ancien soixante-huitard.

Film d’anticipation, Les Mains en l’air s’ouvre sur le visage ridé d’une vieille dame qui évoque son passé. Dans une architecture aux lignes claires et une blancheur éclatante – qui nous rappellent le vaisseau de 2001 ou la maison de l’écrivain d’Orange Mécanique – Milana raconte : « c’était en 2008, je ne me souviens plus de qui était Président de la République  à cette époque ». Par cette touche d’ironie, Goupil fait le choix de développer son discours en dehors de tout réalisme historique ; par le regard des enfants, véritables moteurs du film, lui apportant une légèreté et un humour salutaires.

Les Mains en l’Air privilégie donc le point de vue des enfants. La caméra cadre toujours à hauteur de ces élèves de CM2, reléguant dans un hors-champ menaçant le monde complexe des adultes, fait de nuances et de responsabilités. À ce titre, le casting des enfants est assez judicieux : tous jouent avec une extrême justesse et semblent partager une réelle complicité. De même leur langage – grand défi que de faire parler les enfants au cinéma – est clair et articulé : ni trop scolaire (on n‘y croirait pas) ni trop actuel et jargonneux (on sentirait trop la patte du dialoguiste). Malheureusement, la force principale du film est aussi sa faiblesse. En épousant le point de vue des enfants, Goupil adopte en même temps leur naïveté et leur simplisme essentiels. Avec cette fable, le réalisateur de Mourir à 30 ans pense trouver l’angle idéal pour mettre en perspective le comportement des adultes et traiter l’absurdité de la situation. Certes, ces enfants sont ultra lucides, comprennent mieux que la moyenne de leurs camarades la gravité des événements racontés mais ne peuvent en saisir toutes les nuances, à part la certitude qu’ils sont les victimes des adultes. Les cadrages sont serrés, à l’instar de cette séquence où les parents ramènent les jeunes de l’école : seuls les bras des adultes sont visibles, l’attention est portée sur le visage angoissé des petits.

Néanmoins tous les adultes ne sont pas invisibles. Véritable liaison symbolique entre les enfants et les « grands », le personnage de Valérie Bruni-Tedeschi semble être le porte-parole du réalisateur. Dans la peau d’une mère de famille prenant la responsabilité d’accueillir chez elle la jeune Milana, l’actrice se montre vigoureuse et extrêmement habitée par ce rôle. Là encore les prestations de qualité de Bruni-Tedeschi, mais aussi de Girardot (dans une trop courte scène) et même de Goupil lui-même sont gâchées par une écriture prévisible et archétypale : dans l’ordre, la douce idéaliste forcenée, le droitard de service et le diplomate consensuel.

Malgré un parti-pris et une approche originale, Goupil n’évite pas le premier degré lénifiant et le discours convenu. La fable n’excuse pas tout et Romain Goupil, à travers le récit simpliste et manichéen, nous offre un film bâclé qui sonne comme un aveu d’impuissance.

Titre original : Les Mains en l'air

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Durée : 90 mn


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