Select Page

L’énergie positive des dieux

Article écrit par

Caméra militante pour groupe pas comme les autres.

Donner la parole à l’autisme

Le synopsis du film est clair et claque comme une déclaration : « leur musique est une déferlante de rock électrique. Leurs textes assènent une poésie sauvage. Accompagnés de quatre musiciens, Stanislas, Yohann, Aurélien et Kevin sont les chanteurs du groupe Astéréotypie. Issus d’un institut médico-éducatif accueillant de jeunes autistes, ils dévoilent sur scène leurs univers détonants, encouragés par Christophe, un éducateur plus passionné d’art brut que de techniques éducatives. Leur aventure collective est un cri de liberté. » Voilà, tout est dit et le film se présente en effet sous la forme de divers concerts qui mettent en valeur le talent et la passion de ces jeunes gens que certaines sociétés aimeraient bâillonner parce qu’ils dérangent et font peur parfois. Ils ne sont pas les seuls : de nombreux éducateurs courageux et passionnés de musique partout en France aident ces jeunes autistes à créer, à jouer de la musique, à se faire entendre, eux que l’institution a trop souvent mis de côté.

Musique post rock

Mais ce groupe a le vent en poupe, et le film a nécessité beaucoup de temps et de travail pendant des années. Du reste, la réalisatrice, Laetitia Møller, n’était pas prédisposée à ce résultat puisqu’elle est au départ journaliste de la presse écrite. Elle les a rencontrés par hasard ainsi qu’elle le raconte dans le dossier de presse du film : « J’ai d’abord rencontré Astéréotypie sur scène. C’était en mars 2015, au Centquatre à Paris, à l’occasion de Sonic Protest, un festival dédié à la musique expérimentale. J’étais là par hasard, au milieu d’un public amateur de noise et de post hardcore. Entourés de quatre musiciens, Stanislas, Kevin, Aurélien et Yohann se sont avancés l’un après l’autre sur le devant de la scène et se sont mis à chanter, parfois à hurler, ce qui ressemblait à une poésie sauvage. Leurs textes parlaient de colère, de pilule bleue qui endort et pourrit les dents, de transports scolaires devenus étymologiques et s’envolaient sur des riffs de musique post rock. » Et c’est ce cri qu’elle a voulu mettre en images aussi parce qu’il témoigne de la vie et de la joie qui découle de la musique à la fois apollinienne et dionysiaque. C’est le sens de tout ce film, et sans doute de son très beau titre.

Atypique Astéréotypie

Connus pour leur musique et la puissance de leur inspiration, les jeunes d’Astéréotypie sont ici filmés avec attention comme les professionnels qu’ils sont. Et la caméra de Laetitia Møller permet de faire évoluer la perception que le public pourrait avoir de l’autisme, ainsi que le remarque la productrice du film, Mathilde Raczymov, dans le dossier de presse : « LEnergie positive des dieux est une invitation à déplacer notre regard : il ne s’agit pas ici de voir comment des autistes pourraient s’adapter à notre société, mais bien de nous interroger sur leur singularité et sur notre propre (a)normalité. Le film de Laetitia s’inscrit en ce sens pleinement dans la cinématographie que nous défendons aux Films du Bilboquet, faite de regards de cinéastes attentifs et stimulés par les échos politiques d’une réalité qui trouve sa source dans des problématiques intimes. »

Réalisateur :

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 70 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Cycle rétrospectif Detlef Sierck (alias Douglas Sirk) période allemande

Au cœur des mélodrames de la période allemande de Douglas Sirk, ses protagonistes sont révélés par les artefacts d’une mise en scène où l’extravagance du kitsch le dispute avec le naturalisme du décor. Mais toujours pour porter la passion des sentiments exacerbés à son point culminant. Ces prémices flamboyants renvoient sans ambiguïté à sa période hollywoodienne qui est la consécration d’une œuvre filmique inégalée. Coup de projecteur sur le premier et dernier opus de cette période allemande.

La mort d’un bureaucrate

La mort d’un bureaucrate

« La mort d’un bureaucrate » est une tragi-comédie menée “à tombeau ouvert” et surtout une farce à l’ironie macabre déjantée qui combine un sens inné de l’absurde institutionnel avec une critique radicale du régime post-révolutionnaire cubain dans un éloge
bunuelien de la folie. Férocement subversif en version restaurée…