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Le Western et la musique

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Comment la musique de Western peut-elle aussi bien incarné un genre?

Une musique de film peut à elle seule incarner un genre bien précis. Dès les premières notes il ne fait aucun doute du genre de film que l’on est en train de regarder. Quelles que soient les époques, cette musique ramène forcement l’imagination vers un passé ou se mèlent cowboys, Indiens, truands, chasseurs de primes, duels, règlements de compte, saloons, ruée vers l’or et immenses espaces vierges.

Le western est un genre apparu dès le début du cinéma aux prémisses du 20ème siècle, et fut pendant de nombreuses décennies un genre phare des studios Hollywoodiens. Son âge d’or débute avec la fin du cinéma muet en 1929 et la grande dépression. A l’époque où paradoxalement, les studios Hollywoodiens ont commencé à prospérer et à constituer une immense industrie.

Entre 1930 et 1960, les westerns étaient très manichéens. La conquête de l’Ouest y était dépeinte à travers des pionniers héroïques et stéréotypés, qui combattaient et venaient à bout de crapules sans foi ni loi quand il ne s’agissait pas d’Indiens, ceux ci étant systématiquement du côté des méchants, érigés en ennemis de la civilisation « blanche » et de leur soi-disant modèle parfait de société. Le but était de valoriser et de rendre hommage à l’Amérique, son histoire et ceux qui l’ont construite.

Mais cette « légère » déformation de la réalité n’a pas empêché de livrer de grands films dotés de grandes musiques. De talentueux chefs d’orchestre et compositeurs (ils ont la particularité d’être tous d’origines européennes) ont fait du western leur spécialité, ce qui parait logique car les westerns peuvent être considérés comme « les blockbusters de l’époque ».Parmi les compositeurs, on trouve :

Elmer Bernstein: Les Sept Mercenaires, Du Sang dans le Désert, Les Comancheros, Quatre Fils de Katie Elder, Les Chasseurs de Scalps, 100 $ pour un Shérif, Will Penny le Solitaire, Big Jake, Les Cordes de la Potence, Le Dernier des Géants.

Jerry Goldsmith: Rio Conchos, La Diligence vers l’Ouest, 7 Secondes en Enfer, Bandolero, Rio Lobo, Un Nommé Cable Hogue, Deux hommes dans l’Ouest, Le Solitaire de Fort Humbolt, Les Cents Fusils, La Loi de la Haine

Max Steiner (l’un des plus prolifiques): Les Conquérants, Terreur à l’Ouest, La Caravane Héroïque, La Piste de Santa Fé, La Charge Fantastique, San Antonio, La Vallée de la Peur, La Rivière d’Argent, Dallas, Ville Frontière, Les Aventures du Capitaine Wyatt, La Maitresse de Fer, La Mission du Commandant Lex, Quand le Clairon Sonnera, Bandido Caballero, La Prisonnière du Désert, La colline des Potences, Sur la piste des Comanches, Charge de la 8ème Brigade…

David Buttolph: Retour de Frank James, les pionners de la Western Union, Buffalo Bill, La Poursuite Infernale, La Fille du Désert, Le Désert de la Peur, L’étoile du Destin, Les Conquérants de Carson City, Terreur à l’Ouest, Le Cavalier Traqué, La Trahison du Capitaine Porter, Les Loups dans la Vallée, Colline Brulante, Le Courrier de l’Or, Les Cavaliers, Tonnerre sur Timberland…

Victor Young: Johnny Guitar : Les Tuniques Ecarlates, L’escadron Noir, Le Banni, Rio Grande, Les Conquérants d’un Nouveau Monde, L’homme des Vallées Perdues, L’aigle Solitaire, Un Homme Traqué, Les Implacables, Le Jugement des Flèches…

Alfred Newman: La Conquête de l’Ouest, Sur la Piste des Mohawks, Le Signe de Zorro, La Ville Abandonnée, La Flèche Brisée, La Cible Humaine, Nevada Smith

Jerome Morross : Les Grands Espaces

Dimitri Tiomkin :
Alamo, Rio Bravo,Le Vent de la Plaine,Le Cavalier du Désert ,Duel au Soleil, La Rivière Rouge, Règlements de Compte à OK Chorale…

Franz Waxman: Fort Invincible, Les Fouries, La Rivière de nos Amours, La Ruée vers l’Ouest…

Tous les compositeurs utilisaient à l’époque un orchestre. Les musiques de western étaient assez semblables dans l’esprit et la musicalité : utilisation de cuivres et notamment de trompette assez rythmée, associés à des percussions fortes et rythmées afin de donner le coté d’une grandiloquente épopée. On a le même effet de magnificence et majestuosité dans les péplums avec l’utilisation des trompettes rythmées pour annoncer l’apparition de l’empereur. On y rajoute des violons pour adoucir le tout et donner une musicalité à l’ensemble.


Extrait :
Thème principal : Les Sept Mercenaires réalisé par John Sturges en 1960, musique d’Elmer Bernstein :


Extrait : Thème principal : Les Grands Espaces réalisé en 1958 par William Wyler musique de Jerome Moross :


Extrait : Le prélude de La Conquête de l’Ouest réalisé en 1962 par Henry Hathaway, John Ford et George Marshall musique d’Alfred Newman:

Ces musiques donnent la sensation qu’il était bon à l’époque d’être un cowboy, chevauchant visage au vent à travers d’immenses étendues sauvages., libre comme l’air. On peut y sentir tout l’héroisme qui était exprimé dans ces films.

Mais arrive la période des années 60-70 et son souffle du changement. La jeunesse veut en finir avec le traditionalisme et les valeurs profondes de l’Amérique. Du coup, le western va petit à petit perdre de la vitesse.

Son renouveau va venir d’Europe et plus particulièrement d’Italie grâce notamment à un auteur et réalisateur de génie, Sergio Leone. Il mettra en scène des cowboys anti héros, crades, vulgaires, violents, guidés par une seule chose : l’argent. En plus de révolutionner visuellement le genre, Leone va aussi révolutionner la musique en faisant appel à Ennio Morricone. C’est un compositeur italien né en 1920 à Rome. Trompettiste de formation, il va en 1954 se tourner vers la musique expérimentale, ce qui aura une grande importance par la suite. Sa première collaboration avec Leone se fera en 1964 pour le film Per un pugno di dollari (Pour une poignée de dollars) crédité sous le pseudonyme Dan Savio pour faire plus américain (comme tout le reste de l’équipe, Sergio Leone aura pour pseudo Bob Robertson). Ils continueront à travailler ensemble pendant près de vingt ans jusqu’à la mort de Sergio Leone. Ennio Morricone signera les musiques de Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand , Il était une fois dans l’Ouest qui obtient un triomphe discographique sans précédent, ou encore d’Il était une fois la révolution, Mon nom est personne (réalisé par Tonino Valerii et produit par Sergio Leone).

A cause de budgets limités (notamment pour les premiers films), Ennio Morricone n’avait pas accès à un orchestre intégral. Inspiré par son goût pour l’expérimental, il utilisa tout une multitude de sons pour créer sa musique, bruits de pistolets, sifflet, craquements de fouet, voix, Jew’s Harp (le petit bout de métal que les Cowboys faisait vibrer dans leur bouche), cris de coyote, trompette, guitare électrique, Fender…

Extrait : Titoli extrait de Pour une poignée de dollars.

On entend bien que Morricone fait un etrange mélange, entre sifflement, bruit de fouet, chant, guitare:

Extrait : Sixty second to what extrait de Et pour quelques dollars de plus (1965):

Il s’agit du duel de fin. Dans un premier temps Morricone utilise un xylophone pour la boite à musique, thème qui lie le personnage du Colonel Douglas Mortimer et de l’Indien. Ensuite l’orgue en prelude au trompette annonce la gravité, la tension et la solennité de la scène.
Morricone montre bien ici que le talent et l’imagination n’ont pas besoin de budgets colossaux pour s’exprimer.

Le maestro va aussi s’attacher à donner des thèmes musicaux, d’identifier et de montrer encore plus de profondeurs aux personnages. Le plus connu étant celui de l’homme à l’harmonica (joué par Charles Bronson) dans Il était une fois dans l’Ouest.

Extrait :

Les années 1970 arrivent et le western s’assombrit encore plus. On dit de lui qu’il est « crépusculaire », car tout comme dans les westerns spaghettis, les personnages sont des anti-héros qui cachent en eux une partie d’ombre et de lumière. Les valeurs morales de la période classique sont littéralement bafouées. La violence va être encore plus exaltée. Sam Peckinpah (Coups de feu dans la Sierra, La Horde sauvage, Pat Garrett et Billy le Kid, Un nommé Cable Hogue) et Clint Eastwood, en tant qu’acteur et réalisateur (avec Sierra Torride, Josey Wales hors la loi,Pendez les hauts et cours…) seront les deux grands chefs de files de ce mouvement.

La musique quant à elle se modernise et, même si elle renoue avec l’orchestrale, reste empreinte d’une grande mélancolie. Car elle nous montre que l’Amérique s’est construite au prix de beaucoup de sang coulé.

Extrait : Thème principal extrait de Sierra Torride réalisé en 1970 par Don siegel, musique d’Ennio Morricone:

Extrait : The war is over extrait de Josey Wales hors la loi realisé en 1976 par Clint Eastwood, musique de Jerry Fielding (La horde sauvage, Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia…) :

Dans ces deux extraits la trompette, l’harmonica et la guitare ont un coté solennel et évoquent inéluctablement la mort et la tristesse.

Dans les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, la réalisation western chute considérablement et devient un genre mineur du cinéma. Cependant, quelques très bon westerns et bandes originales subsistent : Danse avec les Loups (1990) réalisé par Kevin Costner avec une musique de John Barry (compositeur des meilleurs James Bond), Impitoyable(1992) de Clint Eastwood et une musique de Lennie Niehaus (Un monde parfait, Sur la route de Madison…), Mort ou Vif (1995) de Sam Raimi avec une musique d’Alan Silverstri (Retour vers le Futur, Forrest Gump, Abyss, Young Guns 2…), L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) réalisé par Andrew Dominik, (musique du chanteur Nick Cave et Warren Ellis), Wyatt earp (1994) réalisé par Lawrence Kasdan musique de James Howard (Batman : dark knight, King Kong, Sixieme Sens…).

Même si tous ces films s’apparentent pour beaucoup aux westerns « crépusculaire », on se rend compte en écoutant la musique que tout en gardant une base western orchestrale, elle est très variée et emprunte à beaucoup de genres : tantôt fidèle au vieux western, tantôt plus romantique…

Extrait: Prélude extrait de Wyatt Earp :

Ce prélude de James Howard sonne très moderne. Il pourrait se coller à de nombreux films. Ce sont une nouvelle fois les trompettes et les percussions qui nous ramènent au Far-west.

Extrait:
Claudia’s theme extrait de Impitoyable:

Dans cet exemple, il n’y a qu’un instrument: une guitare seche. La sonorité est trés mélancolique, et caractérise parfaitement le cinéma "crépusculaire" si cher à Clint eastwood. Associé à l’un des plus beau plans de l’histoire du cinéma, en quelques secondes le spectacteur capte l’atmosphere noire du film.

Extrait :
End titles extrait de Mort ou Vif:

Il s’agit là d’un bon exemple qui mélange à la fois la musique traditionnelle du western avec l’orchestre, la trompette, les percussions et un passage plus mélancolique avec une guitare et des violons, le tout avec une sonorité mexicaine.

Pour conclure, on peut dire qu’il y a des genres comme le western qui sont indissociablement liés à leur musique. Que seraient Les Septs Mercenaire, John Ford, John Wayne,Gary Cooper, Clint Eastwood, Sergio Leone … sans les magnifiques bandes originales des films où ils furent impliqués comme acteurs ou réalisateurs ?

Il s’agit bien plus d’une simple musique de film qui accompagne un visuel. Elles représentent un moyen d’expression qui à lui seul fait défiler des images dans notre tête , évoquant la conquête de l’ouest, les grandes étendues sauvage, les duels aux pistolets, les saloons remplis de hors la loi et de prostituées …

La musique de western et notamment celle d’Ennio Morricone, ont influencé le cinéma et sa musique, avec par exemple la série des Chambaras de Zatoichi, aux sonorités très « Morriconniènes » avec un soupçon de rock et plus récemment Tarantino. Le compositeur italien a rendu la musique de western populaire auprès du public.

Grand nombre d’artistes contemporains ont "samplé" ces musiques de western : Jay-z (Blueprint2, The ectasy of gold), Gwen Stefani (Candyland, A fistful of dollars (main theme),IAM (Sad Hill, Sixty seconds to what?) Fonky Family (les mains sales, Man with a harmonica), Mettalica qui ouvre ses concerts avec la musique The ectasy of gold et qui a repris en version hard rock. Enfin le groupe The Spaghetti Western Orchestra reprend sur scène les plus grands titres de Morricone sur un ton décalé et humoristique.

Jean le Rond d’Alembert dans l’Encylopédie disait que «Toute musique qui ne peint rien n’est que du bruit ». La musique de western fait bien plus que peindre, elle est elle-même image.

Sources : Wikipedia (anglais et francais), http://www.du-bruit.com/samples-ennio-morricone.html, http://forum.westernmovies.fr


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