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Le Chanteur

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Hésitant entre le mélo et le cinéma underground, il manque encore à Rémi Lange un peu d’audace pour réellement surprendre.

Comme dans ses précédents films, tels que Omelette (1999), Les yeux brouillés (2002) ou encore Partir (2009), Rémi Lange dresse le portrait d’un homme qui se bat pour exister, pour se libérer du joug de la morale ou de la société ; que ce soit dans sa propre vie, son enfance, ou l’exercice de son art. Quelquefois à la limite de l’autobiographie, le cinéma libre de Rémi Lange est une preuve de courage dans ce monde de l’art, et du cinéma en général, gouverné par les décideurs économiques. En effet, Rémi Lange (et Sophie Blondy qui joue le rôle de Lola, la chanteuse du film) sont encore les seuls à réaliser des films à la manière des artisans, à la force du poignet – c’est ce qui est fascinant. Rémi Lange, qui avait fasciné la critique il y a une quinzaine d’années avec Omelette et Les yeux brouillés, réalise ici un film avec trois fois rien, qui raconte une histoire urbaine contemporaine dans laquelle on découvre à la fois la misère de notre société, et les rêves d’aventure qui se traduisent souvent par un désir impossible de célébrité.

Thomas s’ennuie dans sa petite ville de province. Accueilli chez sa tante suite au décès de sa mère, il décide finalement de tout quitter pour réaliser son rêve à Paris : devenir chanteur de comédie musicale. Là, sans revenus, il comprend rapidement que la vie de bohème n’est pas facile. Il joue de la guitare dans des lieux touristiques comme le Sacré-Cœur de Montmartre, espérant gagner quelques pièces. Un jour, il fait la connaissance de Lola, une jeune et fougueuse artiste de cabaret, rôle pour lequel Sophie Blondy, métamorphosée, n’hésite pas à porter une perruque platine qui lui donne un air de Bulle Ogier chez Rivette. Ils sympathisent, et elle finit par lui présenter son producteur. Ce dernier tombe raide dingue de Thomas. De cette histoire qui pourrait servir de base à une comédie romantique, Rémi Lange nous propose autre chose, entre underground et comédie à la française, sans grande surprise mais avec une puissance timide qui force sinon l’admiration, du moins le respect. Film original dans la filmographie de Rémi Lange, Le Chanteur s’intéresse tout particulièrement à la personnalité du jeune acteur Thomas Polly qui interprète le rôle du chanteur, avec finesse et une sorte de discrétion qui en font un personnage crédible et attachant.

 

Au milieu de toutes les productions formatées ou industrielles qui sortent sans cesse sur nos écrans, il est nécessaire de soutenir des tentatives aussi courageuses et libres, comme nous soutiendrons L’étoile du jour, le film que Sophie Blondy a réalisé elle aussi toute seule, en se battant pour le produire et en s’accordant le soutien actif et amical d’Iggy Pop, de Béatrice Dalle, de Denis Lavant, etc. Tout comme elle, Rémi Lange nous propose toujours une nouvelle lecture du monde et du cinéma, entre hommage à la comédie musicale, au road-movie et bien sûr aux grands réalisateurs de l’underground, non pas Andy Warhol, mais plutôt le génial John Waters, même si Thomas Polly n’a pas encore la faconde délirante et démesurée de Divine. C’est pourquoi on encourage Rémi Lange en lui disant que, maintenant, il lui faudrait de l’audace, encore plus d’audace. Mais le cœur y est et le résultat est étonnant même si le film aurait été encore plus réussi avec plus de folie car le talent et l’émotion sont là et bien là. « Le cœur, parlons-en avec Le chanteur, road-movie musical queer, terriblement émouvant, réalisé par Rémi Lange dont la justesse de regard sur l’humanité de ses personnages ne peut que nous bouleverser », s’emballait récemment le Festival Écrans Mixtes de Lyon. Mélo, comédie, cinéma vérité, film musical, Rémi Lange s’affranchit de toutes les barrières. La mort, la passion, le sexe, le travestissement, la prostitution, il s’autorise absolument tout ! »

Titre original : Le Chanteur

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Durée : 100 mn


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