L’Arbre

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Charlotte Gainsbourg a le deuil élégant dans les paysages du sublime Queensland et Julie Bertuccelli signe un film qui se regarde joliment briller. Une déception.

Sept ans après Depuis qu’Otar est parti (qui reçut en 2003 quelques prix prestigieux et un beau succès d’estime), Julie Bertuccelli revient avec un très attendu second métrage. On se demandait évidemment si le figuier de Moreton Bay serait aussi beau et émouvant que l’arbre à souhaits géorgien. La déception est à la hauteur de l’attente.
 
Il n’y a en soi pas grand-chose à reprocher à L’Arbre, dont chaque élément pris séparément semble plutôt à sa place, en tous les cas fonctionne. Comment expliquer alors ce relatif inintérêt provoqué par le film ? En adaptant L’Arbre du père (Our Father who art in the tree) de Julie Pascoe, Julie Bertuccelli poursuit son travail sur l’absence commencé avec son premier film. Là du fils, du frère, de l’oncle, ici du père et du mari. Charlotte Gainsbourg/Dawn se retrouve brutalement veuve avec quatre enfants et un arbre de plus en plus envahissant qui devient une gène pour le voisinage et un danger pour le foyer, mais dans lequel fille, puis mère vont voir la réviviscence du disparu, un dernier bastion de leur peine. L’absence trop lourde se manifeste ainsi par une surprésence du figuier qui tel un monstre se met à dévorer la maison.
 
La grande force du film, c’est évidemment son décor. Tourner dans le Queensland australien est une aubaine pour un réalisateur. Le paysage est tellement fort qu’il devient un acteur sublime qui accepte et magnifie tous les rôles et incarne tous les sentiments : la tristesse sourde, l’absence brumeuse… Il sied à toutes les situations. On peut dire la même chose de Charlotte Gainsbourg. Elle sert parfaitement son personnage qui s’enfonce volontairement dans une douleur lancinante jusqu’au débordement irraisonné contre les siens. On assiste à un très beau défilé de l’imagerie de la jeune veuve : Charlotte Gainsbourg regardant dans le vide, Charlotte Gainsbourg assise dans l’arbre la nuit, Charlotte Gainsbourg le soleil sur la peau… On peut le dire : la douleur lui va bien. Aussi bien que ses vêtements bobo-chics (vous savez, ces chemises et débardeurs tout à fait la mode dont on ne comprend pas pourquoi le prix comporte un zéro de trop…). Car oui on a le loisir d’admirer une belle garde-robe à faire frémir d’envie toute néo-bourgeoise hype, mais dont on se demande encore ce qu’elle fait dans le Queensland à cette période de l’année. Regarder L’Arbre finit par donner l’impression de feuilleter un magasine féminin : un peu de star, un peu de mode, un peu d’exotisme, un peu d’histoire vécue, pas grand-chose de mémorable. Pour un peu, on s’attendrait presque à voir Charlotte Gainsbourg chanter.
 

 
Quelques moments pourtant viennent rappeler le talent de Julie Bertuccelli, quelques scènes de surgissements d’un « naturel surnaturel ». Une chauve-souris qui traverse la cuisine, des crapauds inattendus et surtout l’arbre à la présence quasi mystique qui envahit sous-sol et maison et offre au film sa plus belle scène : Charlotte Gainsbourg partageant sa couche avec lui. Ces quelques instants ne sauvent pas pour autant ce joli livre d’images qui, à se vouloir trop sérieux, finit par apparaître sentencieux. Près de l’arbre, les enfants prononcent des phrases définitives sous l’œil par trop solennel de la caméra. Pire, là où le non-dit aurait pu être souhaitable, Julie Bertuccelli devient bavarde. Alors que tout est signifiant, unilatéral, presque prémâché, le film se met à verbaliser et vire au pléonasme (au cas où les rangs du fond n’auraient pas saisi ?).
 
L’Arbre est un film maîtrisé. Tout est à sa place, tout fait sens. Mais rien ne prend forme. Jouant sur le silence et les non-dits, il ne laisse finalement que peu d’espace au spectateur. Trop balisé, il a le côté chic et brillant du papier glacé, mais, malgré des qualités, en a aussi l’aspect froid et lisse. Là où Depuis qu’Otar est parti saisissait par une approche simple et directe des personnages et situations, L’Arbre pêche par une élégante distance qui finit par s’apparenter à un manque d’âme. Parions sur un accident de parcours et le retour prochain d’un bel espoir du cinéma français.

Titre original : The Tree

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Durée : 100 mn


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