L’Agence tous risques

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Adaptation honnête mais sans génie d’une des séries phares des années 80. Pas indispensable… mais pourquoi pas.

Pas indispensable, mais pourquoi pas. Tels seraient les quelques mots résumant le mieux notre impression, après vision de cette adaptation sur grand écran de la sympathique série culte des années 80. Pas indispensable au sens où Joe Carnahan – réalisateur du film – ne se démarque aucunement ici par une quelconque réappropriation du mythe, se contentant de suivre gentiment le cahier des charges du divertissement bon enfant. Au sens également où tout convaincants soient-ils, les nouveaux interprètes d’Hannibal Smith, Baracuda, Looping et Futé (respectivement Liam Neeson, Quinton « Rampage » Jackson, Sharlto Copley et Bradley Cooper) n’effacent jamais de la mémoire les mimiques et gimmicks originels de leurs modèles. Au sens surtout où très vite – disons passée la première demi-heure, travaillant à suivre le quatuor lors de sa constitution et à actionner la machine de guerre étape par étape –, ce qui se déroule sur l’écran s’avère ne plus vraiment appeler à concentration, les scènes d’humour et d’action, d’action avec ou sans humour, d’humour avec ou sans action se succédant, s’enchaînant et s’entremêlant en un rythme effréné mais intenable (le risque paradoxal demeurant la négation même de la notion de rythme).

Pourquoi pas au sens où l’ensemble se tient plutôt bien, où L’Agence tous risques, le film – au même titre que Chapeau melon et bottes de cuir hier, Hulk ou Ma sorcière bien aimée tout à l’heure et Les schtroumpfs demain – ne semble travaillé par rien d’autre que l’attestation rieuse de son improbable existence. Ne cherchons donc pas plus loin : notre dossier « Jeux vidéo au cinéma » de cette semaine prouve que bien souvent, la question du passage d’un format d’origine (série tv, jeux vidéo, comics) au grand écran n’est mue par nulle autre ambition que celle du défi. Adapter Street Fighter, Super Mario Bros ou Silent Hill juste pour voir. Si le résultat final tient la route, donne lieu à un film solide, une adaptation intelligente des codes du premier support au langage basique du cinéma (suivi méthodique d’une certaine ligne scénaristique, sens du découpage…), tant mieux. Si à l’inverse chaque seconde rend l’absence de pensée cinématographique de l’objet premier cruellement évidente… tant pis.

L’Agence tous risques se situerait entre ces deux feux : assez faible du strict point de vue de l’esthétique (à moins que l’on émette l’hypothèse d’une recherche de retranscription de la grossièreté formelle d’origine, d’une volonté de fidélité à l’état d’esprit joyeusement potache ayant fait le charme de la série), mais remplissant largement son contrat d’Entertainment à l’américaine. D’autant que, revenons-y, le casting a le mérite de savoir tirer profit de sa périlleuse condition. Si Liam Neeson s’avère un Hannibal moins rigolard que l’inoubliable Georges Peppard, Quinton Jackson un Baracuda trop « humain », en regard de l’inégalable Mr T, nier leur potentiel de partage du plaisir à incarner ces figures – ainsi que celui de leurs deux comparses – serait faire preuve de grande mauvaise foi. La force du projet est surtout de ne pas chercher à faire date, à surpasser son modèle par une quelconque arrogance théorique (deconstructing Looping, Futé et les autres) très post modernisme 2000.

Il va sans dire qu’il serait imprudent de parier déjà sur une pérennité ciné des aventures d’Hannibal et consorts, la franchise « Agence tous risques » ne reposant sur aucune base justifiant une livraison au long cours manière Harry Potter ou Twilight – bien que sans surprise, le film se conclue sur la promesse à peine implicite d’un retour prochain, d’une suite à ce qui n’était bien sûr qu’une mise en bouche. Si cette perspective n’est en elle-même ni dérangeante ni particulièrement stimulante, la tenue globale de cet opus interdira au moins le sarcasme. Pas indispensable… mais pourquoi pas.

Titre original : The A-Team

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Durée : 114 mn


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