La Crème de la crème

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Sur le marché de la jeunesse désorientée et désabusée, Kim Chapiron excelle.

Après Sheitan (2006) et Dog Pound (2011), Kim Chapiron envahit les bancs d’école de commerce pour une histoire de marché sexuel entre étudiants. Kelly, Dan et Louis ne se connaissent pas, ils viennent de trois mondes différents et pourtant, ils vont faire du business ensemble, jusqu’à effacer les frontières sociales qui les éloignent. Une demande forte de sexe, une offre forte de filles, tout le monde y trouve son compte entre les murs de cette école de commerce, haut lieu de formation de « La crème de la crème », d’élites et de futurs dirigeants français. Pour Kim Chapiron, explorer cet univers est un drôle de défi. Le jeune réalisateur a arrêté ses études après le baccalauréat. Habitué à filmer l’horreur ou le violent, dans une maison isolée ou en milieu carcéral, avec ce troisième long métrage, Kim Chapiron explore les registres du sexe et de l’argent.

Une histoire crédible

Très bien réalisé, avec une progression dans l’histoire, un attachement à chaque personnage, La Crème de la crème s’avère être un doux reflet de ce qui pourrait exister en école de commerce. Pourquoi des étudiants, formés à la macro, à la micro, ne pourraient pas devenir des macs ? Kelly, la fille de l’histoire, a les traits d’une enfant, le sourire angélique et elle aime se faire passer pour une lesbienne afin de mieux légitimer ses actions au sein du campus. Véritable pillier de ce trio, c’est elle qui arrive à maintenir Dan et Louis en pression constante, jamais rassasiée de faire son petit commerce, de l’argent et d’avoir un pouvoir dans l’école. Jouée par l’excellente jeune actrice Alice Isaaz, accompagnée à l’écran par Jean-Baptiste Lafarge et Thomas Blumenthal, elle est radieuse, machiavélique, sournoise, intéressante. 

Musique du film, un film de musiques

Kim Chapiron n’a pas seulement mis en scène des personnages. Il a aussi mis en scène des musiciens, des artistes, des copains. C’est à la fois sa force et là où les critiques sont les plus dures envers lui. Dans La Crème de la crème, on chante Sardou, Brel, Berger à tue-tête. Mais c’est la crème de la crème des DJs français que l’on voit mixer : Justice, Kavinsky, Brodinsky. Et le copain de Canal +, qui mixe aussi, Mouloud Achour. C’est en insérant toute une équipe d’artistes français dans son film que Kim Chapiron bouleverse le rythme, les séquences et les intentions de son oeuvre. Comme un tunnel sans fin, on s’aventure jusqu’à ne plus voir la lumière – enfin, que celle de soirées hors limites et hors contrôle, telles que l’on se les imagine en école de commerce.
 
Peut-être un peu facile

Alors oui, après la rage, la violence, Kim Chapiron parle du sexe et de l’argent. Des thématiques qui s’éloignent de son intention, de provoquer, d’impulser par le cinéma des émotions, bonnes ou mauvaises. La Crème de la crème est un bon film, mais un peu gentil. C’est facile de taper sur le dos des écoles de commerce, de s’en servir comme cadre. C’est facile aussi de donner à une jeune fille le rôle le plus pervers, le plus détestable. Et Kim Chapiron nous a habitués à plus difficile, ses deux précédents films en sont la preuve. C’est lui qui donne directement l’envie de ce film, plus à prendre d’un point de vue de l’amour et de l’errance que du sexe et de l’argent finalement : « Tout ça n’est qu’une manière d’aborder la difficulté de l’amour pour cette génération. Quant à mes héros, qu’ils fassent partie de l’élite ne les met pas à l’abri d’une certaine forme d’errance ». Kim Chapiron, porte-parole d’une jeunesse de l’oubli ? De l’abus ? Il excelle en tout cas pour parler de ce qu’il est avant d’être réalisateur, un jeune homme.

Titre original : La Crème de la Crème

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Durée : 90 mn


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