Juliette

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Juliette ou comment entrer discrètement dans la tête des filles.

Elle s’appelle Juliette, elle n’a pas un ou deux Roméo mais plusieurs. Son premier amour – et peut-être le dernier, Antoine. Son amant Gaétan rencontré au Social Club, boîte parisienne pour petits branchés. Son père, malade et hospitalisé, rassurant et omniprésent. Elle a vingt-cinq ans, toutes ses dents mais loin d’avoir toute sa tête. Juliette erre, vagabonde dans un Paris presque vide de sens. Elle grandit, tend à devenir une femme qui se détache de son milieu bourgeois. Sa grande sœur – jouée par Élodie Bouchez – lui fait presque de l’ombre, mariée, maman, méthodique. Et finalement tout bascule. Juliette arrête d’errer d’un sentiment à l’autre, arrête de jeter les garçons, arrête de laisser filer sa vie et son avenir.

Premier film de Pierre Godeau, Juliette est sorti tout droit de son imagination. Il la façonne avec l’aide de quelques amies, quelques avis. Ce personnage, interprété par la déjà très douée Astrid Bergès-Frisbey (Un barrage contre le Pacifique – Rithy Panh, 2008 ; La Fille du puisatier – Daniel Auteuil, 2011), est observée de dos, de profil, de travers. Juliette est brune, les cheveux mal coiffés, la bouche sensuelle, mi-femme, mi-enfant. Elle occupe un appartement de son père, elle ne travaille pas mais adore le cinéma. Sa vie est presque un film. Elle se rêve en écrivaine et construit une histoire parallèle à la sienne, celle d’une petite fille et de ses trois grands frères, aux États-Unis.

Le film, d’une durée d’1h21 précisément, tient grâce au personnage de Juliette que l’on suit, que l’on observe, que l’on décrypte. Sexuée, sensuelle, sensible, il ne se passe malheureusement pas grand-chose dans sa vie. C’est justement la carte jouée par le réalisateur, faire d’un rien, d’un vide, de situations partagées par de nombreuses jeunes femmes. Cette tranche de vie, filmée sous la forme d’étapes ou de séquences, reflète les états d’âme d’une femme-enfant, amoureuse mais volontairement seule, n’ayant besoin de personne sauf de la présence de sa sœur et de son père. Une solitude entourée, une errance adolescente d’une jeune adulte entre deux mondes…

Un film plutôt féminin, réalisé par un homme que l’on sent inspiré par la Nouvelle Vague, Truffaut et Godard, mais qui ne plaira sans doute pas au plus grand nombre. Quelques maladresses dans la réalisation, notamment sur le rythme du film – du très lent au très intense -, mais qui trouve son charme en évoquant ce qu’il se passe dans la tête des filles. Une balade sentimentale, émouvante, parisienne mais universelle, au cœur des sentiments, de la maturité, des choix d’adultes. Juliette ou comment revenir à ses 25 ans…

Titre original : Juliette

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Durée : 71 mn


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