Journal d’une jeune Nord-Coréenne

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Surprenant, intrigant, étonnant sont des adjectifs qui pourraient tous qualifier ce film tout droit venu de la République Démocratique Populaire de Corée du Nord.

Surprenant, intrigant, étonnant sont des adjectifs qui pourraient tous qualifier ce film tout droit venu de la République Démocratique Populaire de Corée du Nord.

Surprenant parce qu’il est rare, de nos jours, de voir un véritable film de propagande qui ne s’en cache pas, ou qui fait alors simplement semblant de le cacher. Intrigant car, même si le film voulait nier cette dimension, on sait tout de même que Kim Jong-Il lui-même a donné ses conseils pour le scénario et le montage. Liberté, quand tu nous tiens… Et étonnant, enfin, en ce qui concerne l’esthétique du film lui-même qui ressemble plus à un film des années 70 qu’à un film contemporain, tant au niveau des couleurs que dans la manière qu’ont les acteurs d’interpréter leurs personnages.

Su-ryeon grandit entourée de sa mère, sa grand-mère et sa petite sœur. Son père, absorbé par ses recherches scientifiques, est complètement absent de leurs vies quotidiennes. Il ne fait que de très brèves apparitions, lorsque son travail le lui permet. Sa mère, totalement dévouée à son mari, ne lui reproche jamais ses absences et va même jusqu’à faire des traductions pour lui afin de l’aider dans ses recherches.

Mais Su-ryeon ne l’entend pas de cette oreille. Elle ne comprend pas cette vie. Pourquoi leur père ne peut-il pas être plus présent ? Pourquoi le pays passe avant la famille ? Pourquoi la patrie doit-elle englober les individualités ? Pourquoi doivent-ils vivre dans une vieille petite maison alors que ses amis vivent dans de beaux et récents appartements ? Une scène fait alors sourire lorsque l’on voit le visage de Su-ryeon s’illuminer à la vue d’un grand immeuble étrangement ressemblant aux barres hlm qui peuvent entourer nos grandes villes françaises.
Le rêve communiste est bien présent. Et il pourrait nous enchanter si le message ne venait pas d’une des plus virulentes dictatures au monde.

La propagande est présente tout au long du film, dans les moindres gestes, sentiments et réflexions. Si le père est absent, c’est bien évidemment à cause de ses recherches. Et aucun reproche ne peut lui être fait puisque c’est pour le bien de sa patrie. La famille et les liens très serrés qui doivent l’accompagner sont aussi au cœur du récit. Tous ont le devoir de s’entraider pour que le pays avance. L’avenir de la patrie repose sur les épaules de chacun. Ils ont tous un rôle essentiel à jouer. Il est alors temps de laisser de côté les individualités pour mettre toutes les forces en commun.

Néanmoins, le film est intéressant de par son origine et le contexte qui l’entoure. Journal d’une jeune nord-coréenne permet d’apercevoir en transparence des thématiques primordiales qui occupent la Corée du Nord actuelle : l’envie (voire le besoin) d’une réussite et d’une reconnaissance sociales, la grande importance du domaine scientifique, le rêve de ces appartements modernes qui se ressemblent tous, la cellule familiale en crise…

Entre naturalisme et baroque, qui ne manquera certes pas d’en agacer plus d’un, le film évolue en suivant cette jeune fille qui semble remettre le Modèle en question. On s’apercevra très vite que cette remise en question n’est qu’une façade pour mieux ramener la jeune fille dans le droit chemin. L’exemplarité en somme.

Alors pourquoi voir ce film ? D’abord, tout simplement car peu nombreux sont les films qui nous parviennent de ce pays. Mais aussi pour son style troublant bien loin de ce que l’industrie cinématographique habituelle peut produire aujourd’hui ainsi que par curiosité d’un cinéma et d’un peuple que l’on ne connaît pas ou très peu.

Coup d’œil oui, mais sans oublier que Journal d’une jeune nord-coréenne baigne dans un contexte (politique principalement) bien particulier. On ne peut voir ce film et le comprendre à la seule condition de le replacer au cœur de ce dernier, « amour » et « patrie » restant les chers mots du film.

Titre original : Han nyeohaksaengeui ilgi (The Schoolgirl's Diary)

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Durée : 94 mn


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