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Je me tue à le dire

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Quelque part entre « C´est arrivé près de chez vous » et les films du duo Delèpine-Kervern, « Je me tue à le dire » est un film étrange. Presque trop.

La mère de Michel Peneud va mourir, son médecin le lui a annoncé. Madame Peneud va crever. Un peu facile la blague, Michel l’entend depuis qu’il sait prononcer son nom. Alors il s’y est fait, comme il a fini par se faire au nouveau mode de vie de sa mère qui a décidé de profiter de la vie depuis qu’elle a appris l’imminence de sa fin. Boire du mousseux à tous les repas, vivre au milieu de ses chats et profiter de la présence de Michel, son autre "minou", avant qu’elle ne le perde. Un amour envahissant qui parasite sa relation avec sa petite amie, sa vie, et qui va bientôt parasiter jusqu’à son intégrité physique. Car bientôt, Michel est persuadé d’être malade lui aussi.

"En me donnant la vie, ma mère m’a aussi donné la mort", dit-il. L’imbrication de ces deux notions, dont on n’ose plus dire qu’elles sont intimement liée sous peine d’avoir la sensation d’exploser une porte laissée grande ouverte, est au cœur du film de Xavier Seron. Les médecins ne parviennent pas à retrouver le cancer de la mère de Michel : aucune trace sur les mammographies, rien non plus dans les analyses. Quand un cancer fugue, où peut-il bien se rendre ? Michel le sait, rapidement persuadé que la maladie a trouvé refuge dans son corps. En son sein, littéralement, comme si une partie de sa mère voulait survivre en lui, jusqu’à opérer un renversement dans la filiation, en même temps qu’une métamorphose genrée. Chez Michel se mettent à cohabiter peu à peu les traits christiques et la mystique mariale jusqu’à un final en forme de paroxysme. Deux en un, il est à la fois le fils et la mère, l’hermaphrodite, le sain et le contaminé ; une dualité qui se rencontre partout dans le film à commencer par l’usage du noir et blanc pour explorer les contrastes et la matière dont sont faits les êtres. Les radios et les IRM qui servent à fouiller sous la surface sont elles aussi en noir et blanc, après tout.

 

Dans le dossier de presse, le réalisateur dit s’être inspiré de l’esthétique baroque, soit quelque chose de dissonant, d’irrégulier et de bizarre, et il est impossible de dire qu’il n’y est pas parvenu tant son film est tout cela à la fois ; jusqu’au trop, jusqu’à risquer le soupçon de simple posture. Je me tue à le dire est un film éclaté et déréglé malgré sa narration organisée en compte à rebours (5-4-3-2-1-0) rythmant ainsi les étapes qui mèneront au décès de la mère de Michel. Xavier Seuron tourne logiquement le dos au classicisme auquel il privilégie une succession de saynètes dont certaines ne sont même d’aucune utilité pour la progression du récit. Michel danse, Michel court, Michel joue à être mort. La bizarrerie des personnages (pour ne pas dire leurs multiples névroses) et des situations est plaisante au premier abord avant de passer pour trop volontariste. Le même effort se retrouve au niveau de l’abondance de symboles qui parcourent le film. Michel boit du lait en briques, mange des œufs au plat, presse des moitiés de citron ; il y aurait écrit "seins" en lettres majuscules cramoisies gonflées en 3D à l’écran que ça n’en serait pas moins subtil pour autant.

Triste de par son sujet, Je me tue à le dire veut aussi être drôle mais cette fois l’ambivalence qui devait en résulter ressemble plus à du ton sur ton car ce qui devait faire rire, ou sourire, est tout aussi désespérant que ce qui devait émouvoir. Même s’il veut à tout prix rire du cancer et de la mort (démarche qui ne pose bien évidemment aucun problème), l’acharnement que le film met à refuser tout répit ou ne serait-ce qu’un léger soupçon de normalité aux personnages, le rend juste accablant. Même une journée à la plage tourne au fiasco à cause d’une contamination radioactive. Même une danse se termine dans des vomissements. La mort est toujours là, tapie dans le coin de chaque plan. Le ciel semble toujours bas, l’horizon à jamais bouché et le présent décidément trop pourri. Les comédiens ont beau (très bien) y faire, c’est la tristesse qui reste. Seul demeure le noir.

Titre original : Je me tue à le dire

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Durée : 90 mn


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