Gandahar

Article écrit par

Cinéaste français atypique considérant que >, René Laloux a été, en nous livrant trois longs métrages de science fiction au style inimitable, le précurseur d´un genre qui reste encore la chasse gardée du cinéma traditionnel (si l´on excepte l´animation japonaise et quelques incursions isolées comme l´excellent Renaissance de Christian Volckman). Fabuleux conte philosophique sur le […]

Cinéaste français atypique considérant que << le vrai cinéma, c´est l´animation ! >>, René Laloux a été, en nous livrant trois longs métrages de science fiction au style inimitable, le précurseur d´un genre qui reste encore la chasse gardée du cinéma traditionnel (si l´on excepte l´animation japonaise et quelques incursions isolées comme l´excellent Renaissance de Christian Volckman).

Fabuleux conte philosophique sur le destin d´un monde pacifique proche de l´état originel, Gandahar prolonge durant 90 minutes les rêveries solitaires d´un homme acharné de liberté et de tolérance. Naviguant aux confins d´une réflexion proposant une métaphysique sur les dangers d´une société qui crée indirectement les conditions de sa destruction, ce film aborde des thématiques d´une grande modernité (exclusion, droit à la différence, danger de la technologie…). Adapté du roman éponyme Les Hommes – Machines contre Gandahar de Jean-Pierre Andrevon, cet objet cinématographique au charme désuet et envoûtant porte fièrement par ses graphismes et son traitement narratif, une filiation avec ses deux aînés incontournables que sont La Planète sauvage (1973) et Les Maîtres du temps (1981).

<< Dans mille ans Gandahar a été détruite et ses habitants massacrés, il y a mille ans Gandahar sera sauvée et l´inévitable évitée >>. Ces paroles, délivrées par les Transformés, êtres multiformes peuplant le centre du monde des Gandahariens, sont le noeud central d´une intrigue matatemporelle sur le destin contradictoire, mais pourtant cohérent, d´une civilisation moins innocente qu´il n´y paraît. Si le monde de Gandahar est en danger de destruction, l´origine du mal, matérialisée par des hommes de métal, n´est pas exogène mais issue du propre monde de Gandahar.

Parabole sur la fragilité d´une société qui expérimente, oublie et déstabilise finalement l´ordre des choses (et du temps) sans accepter ses propres anomalies (rejet des Transformés), Laloux met en place une réflexion sur la nature de l´humanité. Explorant habilement les méandres du temps en dessinant les contours à la fois paisible et apocalyptique d´un monde frappé par une énigmatique prophétie oubliée, le cinéaste nous livre une allégorie poétique sur l´impossible existence d´une société idéale. L´humanité serait alors condamnée à créer les conditions de son anéantissement et de son hypothétique salut. Seuls maîtres << à bord >>, les hommes, capables de vertus et de bassesses, élaborent une métaphysique complexe (autant organique, que technologique) dont le métamorphe est le terrible enfantement.

Le cinéaste, dans le cadre de cette boucle temporelle (ingéniosité scénaristique permettant plusieurs niveaux de lecture), nous livre une fable hypnotique sur les risques de dérapages sociétaux. La Science-fiction, support rêvé pour effectuer ce travail de transposition thématique, confère au film cette atmosphère distanciée nécessaire au déroulement implacable des évènements. Servi par une mise en scène privilégiant la succession de << tableaux >> aux décors éblouissants, au bestiaire varié dans l´affrontement des deux mondes supposés, René Laloux accouche ainsi d´un film d´animation à l´inventivité aussi bien plastique, que philosophique. Si la fluidité de l´animation supporte le poids d´un budget ridicule, il projette instantanément Gandahar vers une poésie envoûtante, qualité supplémentaire d´un film au destin intemporel.

Titre original : Gandahar

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 83 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..