Select Page

Eric Clapton Life in 12 Bars

Article écrit par

Avec ce documentaire exceptionnel, nous faisons véritablement connaissance avec Éric Clapton, un des plus grands guitaristes de tous les temps. À voir de toute urgence.

Dans la légende du Rock – dans l’idée que s’en fait l’inconscient collectif – prédomine la disparition subite et violente de beaucoup de ses enfants, jeunes gens surdoués, fauchés en pleine jeunesse par la drogue, les excès en tout genre, la dépression. On parle même pour évoquer cette malédiction du Club des 27 ou Forever 27 Club pour désigner les grands artistes du Rock et du Blues qui sont morts dans une période de temps très courte (entre juillet 1969 et juillet 1971), tous, à l’âge de 27 ans. Ces disparitions rapprochées furent celles, dans l’ordre, de Brian Jones, fondateur des Stones, puis de Jimi Hendrix, de Janis Joplin et enfin de Jim Morrison, leader des Doors, retrouvé mort, nous le savons, dans  son appartement parisien le 3 juillet 1971. Vingt ans plus tard, Kurt Cobain – qui était parvenu avec son groupe Nirvana, à l’aube des années 90, à ressusciter le Rock, alors moribond -, se tire une balle dans la tête le 5 avril 1994. Cobain a immédiatement rejoint le Club. Une certaine idée de malédiction liant Rock/Blues et mort violente en pleine jeunesse est donc consubstantielle à l’histoire de cette musique ou du moins à l’idée que l’on s’en fait. Or cette idée prédominante semble ignorer que beaucoup des grands artistes de cette génération du baby boom continuent de nous enchanter aujourd’hui et qu’ils ont réussi souvent en dépit d’une existence souvent tourmentée, à survivre à la dévoration du Rock pour ses enfants géniaux dans les années 60 et 70 – années miraculeuses pour la musique mais bien souvent mortifères pour ses étoiles.

 

 

Démons

Eric Clapton, légende vivante du Blues et du Rock, est de ceux-là, de ces survivants, en quelque sorte. Et c’est à lui que Lili Fini Zanuck a consacré ce Clapton, Live in 12 Bars. Lili Fini Zanuck, disons-le sans attendre, a réussi un travail extraordinaire dans le sens où elle a pu donner à son sujet toutes les dimensions qu’il méritait. Il y a parfois, trop souvent, dans des documentaires/biopics un aspect scolaire, un regard très extérieur. Cela ne veut pas pour autant signifier que ces films sont ennuyeux – bien au contraire – mais ils traitent souvent d’un personnage défunt et, témoignages et archives prennent alors le pas sur la narration pour n’en faire que des films essentiellement pédagogiques ou didactiques. Zanuck, épaulée par son producteur John Battsek (Oscar du meilleur documentaire 2013 pour Sugar Man, excusez du peu !), a réalisé l’exploit à ce que nous nous trouvions au plus prés de Clapton lui-même, que l’on sente son coeur battre, que nous puissions ressentir les différentes inflexions que sa voix peut prendre en voix off, suivant qu’il commente tel ou tel épisode de son existence. Clapton n’a jamais abandonné, n’a jamais tenté de se suicider. Pourtant sa vie, dès l’adolescence (à l’âge de 10 ans, il apprend que sa mère n’est pas sa mère, mais sa grand-mère…), en passant par une période d’alcoolisme de 20 ans, jusqu’à la mort de son fils Connor en 1991, a été marquée par la douleur. Au contraire des stars de sa trempe, son existence, les coulisses de son existence, n’ont jamais vraiment défrayées la chronique.

Et c’est là que Clapton, Life in 12 bars prend une dimension rarissime pour les documentaires de ce genre. L’on ressent au fil des épisodes de sa vie qui nous sont narrés toute la vérité d’un artiste qui pour autant qu’il fut au firmament du Blues pendant cinquante ans n’en demeure pas moins un homme simple, auquel chacun pourrait s’identifier. De cette vie pourtant tourmentée au plus haut point, curieusement n’émane pas le parfum du scandale. Il n’y a pas de démesure chez Clapton comme il y en eut chez ses amis Mick Jagger et Keith Richards, camarades de la première heure et qui d’ailleurs, par instants, font de furtives apparitions dans le film, comme si la réalisatrice avait choisi de nous dire l’importance qu’ont eu les Stones pour Clapton (et réciproquement) tout en ne faisant aucune ombre à son sujet. C’est cette vérité d’un homme lucide, qui a combattu ses démons avec courage qui donne à ce documentaire une densité émotionnelle exceptionnelle.

 

 

Splendeur du Blues

Tout le talent de la réalisatrice est d’avoir fusionné l’homme et sa musique afin que nous soyons par cette symbiose littéralement passionnés. Une photo célèbre montre un graffiti dans une rue de Londres (années 60) proférant “Clapton is God” ! C’est pour dire que dès ses débuts, en 1966, à l’apogée du Swinging London – moment unique en matière de musique où de jeunes anglais remettent au goût du jour les standards du Blues -, Clapton a été considéré comme un guitariste d’exception (voire de génie, osons le mot). Zanuck va nous en mettre plein les oreilles, la plupart du temps avec des archives inconnues comme cet extrait fascinant tiré de la dernière tournée de Cream en 1968, où le groupe joue un de ces morceaux fétiches : Spoonful. Autre moment de grâce : la séquence où Clapton endosse le rôle de guitariste d’Aretha Franklin, lors d’un enregistrement studio de la diva. Et puis il y a l’évocation de l’amitié très importante de Clapton avec George Harrison. Là aussi le film est réalisé de telle manière que l’évocation de la vie personnelle et de la musique sont étroitement liées et restituées en une harmonie qui confère à ce film une charge émotive inhabituelle. L’exemple le plus fort et le plus captivant pour un amoureux du Rock fut cette collaboration entre Harrison et Clapton sur While My Guitar Gently Weeps, chanson sublime s’il en est, écrite par le Beatle(s) et où le solo de guitare de son ami restera gravé à jamais dans l’histoire de la musique.

Le son qui émane de la guitare de Clapton est une plainte, un cri de douleur, d’angoisse, de joie, d’amour. Tout ce que révèlent ses solos déchirants, c’est le Blues à l’état pur, mot qui signifie “idées noires” mais aussi en ancien français, “histoire personnelle”. Clapton transcende le Blues, l’a porté à une perfection incandescente, mais il est aussi un humble passeur, le continuateur de ses grands prédécesseurs – comme Robert Johnson – auxquels il voue une admiration et un respect sans bornes.

Réalisateur :

Année :

Genre :

Pays :


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi