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Éloge de l’amour

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Edgar, cinéaste, tente de mettre sur pied un projet de film, évoquant quatre temps de l’amour. Mais son constat de l’homme qui n’est jamais adulte mais toujours jeune ou vieux l’éloigne de sa concrétisation. Il se rend en province pour mener une thèse sur le catholicisme et la résistance. Il fait la rencontre d’un couple […]

Edgar, cinéaste, tente de mettre sur pied un projet de film, évoquant quatre temps de l’amour. Mais son constat de l’homme qui n’est jamais adulte mais toujours jeune ou vieux l’éloigne de sa concrétisation. Il se rend en province pour mener une thèse sur le catholicisme et la résistance. Il fait la rencontre d’un couple de résistants sur lesquels Steven Spielberg va réaliser un film.

La transmission d’une histoire et le pont passé-avenir sont les liens entre Notre Musique et l’Eloge de l’amour, deuxième long-métrage du coffret. Dans le Paris nocturne de la Nouvelle Vague, Godard revient sur les faits passés inaperçus de la seconde Guerre Mondiale et sur l’importance de la mémoire. Bien que marqué par cette période historique, le film n’impose pas de temporalité linéaire et précise. Les repères sont brouillés, comme le dit un des personnages : les années 1900 sont analogues à celles d’aujourd’hui. Les protagonistes ne sont donc pas typés «Made in 2000 » et les conversations sur Henri Langlois sonnent actuelles. Toutes les époques se ressemblent et se mélangent, le noir et blanc déborde dans le présent tandis que les retours en arrière se retrouvent en couleur.

Perte de repères également dans le récit et retour au personnage majeur : la voix. Plus encore que dans Notre Musique, elle est plurielle. Les voix résonnent, se superposent, se complètent ou divergent. Cette nouvelle mélodie est dissonante et rend abrupt le récit, toujours dans la complexité. Pas toujours compréhensible, le spectateur se focalise alors sur les images éclatantes, médium entre les personnages et leur voix.

Le plus intéressant reste la parade que trouve Godard au récit classique et à l’exposé qu’il nous fait. On devient ses élèves et prenons note de ses réflexions de scénariste. Par l’intermédiaire du personnage de Bruno Putzulu, il façonne un récit imaginaire : Quelque chose de L’amour, titre qui s’affiche à plusieurs reprises. L’Eloge de l’amour, est en réalité le titre du film que tente de réaliser le cinéaste Edgar. Son inspiration, aussi bien celle de Godard qu’Edgar, est puisée dans la littérature dont les couvertures et les pages pleines ou vides abondent à l’écran. Par la même occasion, le réalisateur sollicite le spectateur qui se maintient réactif à chaque parole et image, pouvant construire lui-même le récit, et lui donne l’opportunité de remplir ces pages blanches.

Eloge de l’amour traite aussi de l’homme d’aujourd’hui, vivant dans le passé, l’homme qui n’est pas adulte mais jeune ou vieux. Une sensation d’impuissance et de froideur nous envahit face aux acteurs filmés de dos et sans plans rapprochés. Ils ne sont que des ombres, des silhouettes, ou mieux, des voix. Car, comme évoqué précédemment, seule la voix compte puisqu’elle est capable de singularité et d’intemporalité. Ce constat laisse un profond pessimisme, quelque chose de grave et d’irrécupérable.

Ces deux films sont logiquement regroupés dans ce double DVD qui jettent un regard sur notre monde actuel. Brillamment réalisé dans une complexité didactique, Jean-Luc Godard nous invite au questionnement sur l’homme, sur sa velléité à vivre dans le passé et à le comprendre. Graves, violents, dénués d’ironie, bercés de lyrisme, L’Eloge de L’amour et Notre Musique sont deux films majeurs sur notre temps où le spectateur constate l’horreur de notre monde autant qu’il en apprend sur le cinéma.

Titre original : Éloge de l'amour

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Durée : 98 mn


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