Eddie The Eagle

Article écrit par

Beaucoup d´élans mais guère d´allant dans ce feel good movie peu inspiré.

Eddie The Eagle a tous les atours du feel good movie décomplexé : réalisateur relativement inconnu au bataillon, acteurs bankables et un producteur, Matthew Vaughn, ayant un flair certain pour les scénarii de pop-corn movies excentriques (Snatch, 2000 ; Kick-Ass, 2010 ; Kingsman, 2015). Plus frappant, il se permet de reprendre à peu de choses près (le discours antiraciste en moins) le scénario de Rasta rockett (Jon Turteltaub, 1993) – Jeux Olympiques de Calgary 1988 ; un héros dont le rêve est d’y participer, mais qui en est empêché par son origine sociale, et va donc se débrouiller pour accomplir son destin. La morale est sauve, l’important n’est pas de gagner mais de participer, le CIO est ravi, et Intersport a droit à quelques placements de produit grossiers.

La seule chose qui sauve Eddie The Eagle du plagiat éhonté, c’est qu’il se base sur l’histoire vraie d’Eddie Edwards, jeune anglais fils de plâtrier, qui en dépit de ses piètres performances sportives et des coups retors de la fédération anglaise de ski, parvient à sortir de l’ombre, grâce à une capacité hors normes à encaisser les coups et à un courage qui frôle l’inconscience, jusqu’à devenir un chouchou du public. A chaque descente, le spectateur en prend plein les yeux, à coups d’effets sonores pompiers, de caméras subjectives et autres effets se voulant spectaculaires : on n’ira donc pas voir Eddie The Eagle pour découvrir la beauté du saut à ski. Pour ça, Werner Herzog a déjà servi La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) : c’est plus court, bien plus simple, et on ressent avec plus de force la combinaison d’absurde et de poésie absolue qui donne son sens à ce sport.


Eddie The Eagle
n’est pas non plus sauvé par ses gags, souvent lourds car reposant en grande partie sur la dégaine de ce pauvre Eddie, que Taron Edgerton interprète avec une gestuelle à la limite du bon goût. Le personnage est attachant, le film lui rend hommage, mais c’est souvent de sa bêtise ou de sa naïveté que l’on essaie de nous faire rire, en vain. Hugh Jackman, quant à lui, campe un ancien champion porté sur la bouteille, qui va malgré lui devenir le coach d’Eddie, dans un schéma très classique d’apprentissage jouant sur la relation entre le maitre et son apprenti, d’abord délétère, puis fusionnelle.

En définitive, peu de choses surprennent dans le film. Tant le parcours jusqu’au J.O que les faux suspenses le jalonnant sont très convenus, et semblent s’éterniser outre-mesure. Le film ne prend son envol qu’à Calgary, où le scénario devient plus intéressant : les gags restent assez nuls, mais le film devient un peu plus intelligent. Une scène notamment, qui réunit dans un ascenseur le champion du monde et Eddie, pare le film d’un discours assez juste, lorsque le « finlandais volant » confie à l’aigle britannique qu’ils sont faits de la même étoffe, que gagner ou perdre leur importe peu, et que leur seule ambition est de donner le meilleur d’eux-mêmes, car le saut pour eux est un besoin existentiel. 1h30 pour en arriver là c’est un peu long, mais ça fait du bien de le dire, et Eddie peut rentrer heureux.

Titre original : Eddie The Eagle

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 105 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..