Dogman

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Crépuscule napolitain sinistré.

Avec son nouveau film, Dogman, Matteo Garrone poursuit son inscription cinématographique dans le territoire napolitain de ses deux précédents films les plus réussis : Gomorra (2008), adapté de l’essai éponyme du courageux Roberto Saviano consacré à la camorra et Reality (2012) qui suivait un modeste  poissonnier napolitain, avide de participer à une émission de télé réalité italienne. Le premier représentait le réel dans un geste violent et rêche, aux accents néoréalistes, peignant une Campanie boueuse et corrompue, où de jeunes apprentis Scarface n’arrivaient pas à colorer leur réalité d’éclats de leurs références cinématographiques, avant de finir ramassés par des bennes à ordures sans jamais avoir connu leur quart d’heure de célébrité à coups de kalachnikov. Reality, partant d’une accroche au réel similaire, basculait progressivement dans un carnavalesque fellinien. Si Dogman confirme l’attachement du cinéaste à ces territoires particuliers du sud de l’Italie, qu’il filme avec une précision presque tactile, comme on sculpterait de la glaise, Matteo Garrone livre une oeuvre dont l’esthétique oscille inégalement entre un environnement de souterrain glauque et un crépuscule poétique.

 


Villaggio Coppola : crépuscule poétique et entonnoir caverneux

Nous sommes à Villaggio Coppola, appartenant à la même province de Caserte, région sensible et en banqueroute où se situait Gomorra. Villagio Coppola correspond à l’une de ces zones balnéaires aux grands ensembles construits dans les années 60, comme a pu les photographier récemment le photographe italien Salvatore Santoro à travers sa série Saluti da Pinetamare. Il reste aujourd’hui un complexe architectural vétuste et décati, dont on imagine pourtant que sa désuétude mélancolique a pu révéler autrefois une certaine beauté, qui serait toujours présente si n’était le délabrement social et économique qu’elle recouvre. Ce cachet poétique a suffisamment été perçu par le cinéaste pour qu’il fasse de ce territoire la scénographie centrale de son film. La pellicule, bleutée ou rosée, crépusculaire, marque l’image d’un goût de paradis perdu, à sauver malgré tout, tandis que les baraques des lieux, comme le salon de toilettage pour chiens de Marcello (Marcello Fonte) s’enveloppe de teintes vertes et blafardes, d’un sous-sol à l’odeur de sinistrose dont on ne sort pas. Il est dommage que cet enfermement sous néons prenne le pas sur Villaggio Coppola, entraînant irrémédiablement le long métrage dans un combat de chiens à l’issue sanglante et accablante.

 

Pulsion et tendresse, entre chien et loup

Marcello, passionné par son travail de toiletteur de chiens, opère des allers-retours entre ces espaces, entre son salon de coiffure et un extérieur social qui finira par le rejeter. Homme simple, peu réflexif et naïf, au physique frêle, il va basculer dans un cercle de violence vengeresse et cafardeux, faute d’avoir su anticiper l’horizon qu’annonçait sa tolérance ignarde envers son ami Simoncino (Edoardo Pesce), force pulsionnelle autocentrée et incontrôlable. Un duel canin s’annonce. Aucun être, animal ou humain, n’en sortira transfiguré. Il y a pourtant le visage saisissant de Marcello Fonte, couronné du prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes, qui est un monde à lui seul, un paysage italien d’une beauté aussi vivante qu’antique, inscrit dans Villaggio Coppola, d’une grande expressivité sensible. Comme le territoire du film, c’est la trajectoire d’un visage et d’un corps terrassés vers laquelle le cinéaste dirige son personnange, basculant Marcello de l’homme doux, avec sa petite fille, avec ses animaux qu’il brosse, à l’homme trahi et blessé, devenant à son tour aussi intenable et assoiffé de sang que le chien qu’il tentait de contenir pour le toiletter à l’ouverture du film. Malgré quelques scènes magiques, détachées du réel, que filme le cinéaste, Dogman, prend le parti de resté cloîtrer sous terre, au lieu de métamorphoser une carte sociale et géographique à la beauté abîmée.

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Durée : 102 mn


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