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Dante 01

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Le cinéma au service de l´imaginaire, du tout est possible. Par amour de l´image, par amour du vivant. Caro, osons espérer que tu nous offres à nouveau des voyages comme celui-ci.

C’est un euphémisme de dire que l’on attendait le premier film en solo de Caro, l’une des deux têtes pensantes de Delicatessen et de La cité des enfants perdus. Sans compter qu’après avoir découvert les films de Jeunet, il n’y avait plus de doute quant à savoir lequel des deux était responsable du côté obscur de ces rêveries imaginaires sorties d’un conte d’Andersen. L’impatience était donc de mise.

Alors ? Déception, joie, jouissance fantasmatique d’un auteur radical qui n’hésite pas à mêler mythologie et science-fiction avec une louche de biotechnologies ? Un peu de tout cela, et si l’on peut craindre que nombre de spectateurs et critiques vont s’acharner sur la prétention de cet ovni, ce serait passer à côté de l’ambitieux spectacle et de la profonde réflexion sur l’humanité que Marc Caro nous offre avec le plus grand respect qu’il se doit à la science-fiction.

Ce projet mûri depuis moult années avait de quoi faire saliver : une prison spatiale, Dante 01, dérive dans l’atmosphère suffocante de Dante, planète hostile symbolisant l’Enfer. A l’intérieur des criminels servent de cobayes à de mystérieuses expérimentations. L’arrivée d’un nouveau prisonnier, Saint Georges, possédé par une force secrète, va leur permettre d’affronter le troisième cercle de Dante.

« Dans l’espace tout le monde brûlera en enfer », telle pourrait être la phrase d’accroche de ce trip claustrophobe, où la science fiction ne s’immisce pas tant à travers son cadre spatial que par la thématique des nano technologies et son renversement des valeurs mythologiques, voire philosophiques. L’enfer n’est pas brûlant mais froid comme la mort, les symboles totémiques des dictateurs sont à la merci des gardiens scientifiques, César, Moloch, Raspoutine et Attila sont confinés à de vulgaires prisonniers psychotiques, et le dragon que doit terrasser Saint Georges n’est autre que cette humanité en perdition ou en devenir. Caro ne se sert pas de la science fiction pour nous refaire un Event Horizon mâtiné d’un des plus grands classiques que l’homme ait mis au monde, mais souhaite créer un univers total explosant les cadres d’un genre réduit aux grands spectacles (Les chroniques de Riddick, au demeurant excellent) et aux pensums tristes (le récent Eden log).

Le pari est gonflé : transformer La Divine Comédie de Dante en allégorie post-mutante d’une humanité fascinée par sa propre transformation. En matérialisant l’enfer, Caro développe ce monde en amont du purgatoire et du paradis, où chacun à son rôle à jouer. Il est d’ailleurs remarquable d’observer à quel point le soin apporté au choix des acteurs participe intrinsèquement au développement de l’intrigue. Les prisonniers, joués par Dominique Pinon, François Hadji-Lazaro, François Levantal ou Yann Collette, incarnent la problématique de l’individu hors norme et du corps monstre, et Lambert Wilson, à la plastique parfaite, personnifie à la fois l’« Übermensch », le mutant et le Sauveur.

Caro, en perfectionniste qui se respecte, porte aussi une attention particulière à son décor et ses lumières. La prison, extension de celle d’Alien3, est une prothèse déshumanisée de l’espèce humaine, où les murs labyrinthiques suintent de leur propre asphyxie, tandis que la lumière oscillant entre l’ocre machinique et le bleu métal transmet le malaise et les mutations comportementales des personnages. Le réalisateur insiste sur l’ambiance anxiogène en créant une bande son organique aux tonalités robotiques, nous rappelant les vieux thèmes de Terminator et d’Alien.

Seul regret : la thématique des nanotechnologies aurait mérité d’être plus approfondie. Mais le film est court, trop court. On sent que Caro aurait pu nous emmener très loin dans son univers, mais que sa folie créatrice n’a pas pu rejoindre toute la dimension de l’œuvre à laquelle il se réfère. Le final est d’ailleurs représentatif de l’ambition de Caro, étourdissant et nous laissant sans voix.

Le cinéma au service de l’imaginaire, du « tout est possible ». Par amour de l’image, par amour du vivant. Caro, osons espérer que tu nous offres à nouveau des voyages comme celui-ci.

Titre original : Dante 01

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Durée : 98 mn


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