Dancing Queens

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L´intérêt de Dancing Queens réside dans la peinture haute en couleurs des personnages qui rappelle que, parfois, plus le trait est épais, plus la << réalité >> ressort avec ses limites.

Homme passionné et quelque peu décalé, M. Jonathan est professeur de danse de sa propre école, qui compte parmi les 4000 d’Australie. Ses petites danseuses ont à peine douze ans et préparent avec lui un grand concours national. Les danseuses de Melle Elizabeth, quant à elles, ont plus intérêt à sourire qu’à simuler la mort de leurs petits animaux domestiques, exercice proposé par M. Jonathan. Des deux côtés, la préparation du concours éveille les tensions et les rivalités entre les deux écoles, mais au sein de chacune d’elle également, et exacerbe les traits de caractère des personnages.

Si la trame est classique, Darren Ashton, qui signe ici son deuxième film avec les producteurs de Priscilla, Folle du désert, bouscule quelques codes par un dispositif original (pour le genre tout du moins) et des personnages improbables délivrant des messages qui convergeront.

La guerre, l’oppression, l’injustice, la déforestation ou encore la chasse à la baleine sont quelques unes des nombreuses sources d’inspiration de M. Jonathan, alors que Mlle Elizabeth, elle, pense qu’« une comédie musicale est censée parler d’amour, pas de maladie ». Dancing Queens est une œuvre polyphonique : Justine, la mère de Tenille, pense qu’elle aurait pu être une spice girl ; Barbara, fidèle assistante de M. Jonathan, a tendance à adopter un peu vite des jeunes orphelins qui ont le sens du rythme, alors que Marianne fait des costumes impossibles et que Paulette, la mère de Grace, essaie d’arriver à l’heure. Les fillettes ont aussi des caractères bien trempés et semblent plus en prise à la réalité que le monde adulte. La réalité ou plutôt la raison, car les personnages n’ont plus la notion du monde et des autres. S’ils l’ont encore, à l’image de Jonathan, elle est démesurée. C’est en cela que réside l’ambiguïté du propos : ces personnages présentés ou ressentis comme caricaturaux le sont beaucoup moins que nos rires le laissent à penser.

M. Jonathan, Justine, Melle Elisabeth et les autres se livrent face caméra à un interlocuteur existant par ses mouvements et par les regards portés par les interviewés. Même si le film est sans conteste une fiction, Darren Ashton ne perd pas de vue son dispositif. C’est ici que réside tout, et peut-être le seul intérêt de sa mise en scène. La qualité des acteurs et des jeunes danseuses est toutefois à souligner. La formation de Tenille, contrainte par sa mère, n’est pas sans rappeler celle des grands artistes anglais ou américains maîtrisant le chant, la danse et le jeu. Les chorégraphies de John O’Connell successivement maladroites, ridicules et parfaites, sont un peu trop succinctes, engendrant parfois une petite frustration.

L’intérêt de Dancing Queens réside donc dans la peinture haute en couleur des personnages qui rappelle que, parfois, plus le trait est épais, plus la « réalité » ressort avec ses limites. Elle qui est une notion trop relative pour en tirer quelconque définition ou pour la représenter. M. Jonathan croit en la valeur prophétique de ses chorégraphies : en 2017, il n’y aura plus de guerres, plus de maladies, plus de pollution, et ce sera un acquis pour les enfants du monde. Paradoxe, la salle rit car c’est impossible, lui ne rit pas car il soutient le bien fondé de son entreprise. Le film est construit ainsi, entre contraste et caricature, échappant toutefois à certaines lois du genre, telle une morale bien-pensante souvent imposée par un happy end ou par la communion euphorique de tous les personnages. Il n’en est rien dans Dancing Quenns : chaque personnage reste fermé dans son cadre, seul, avec ses réflexions, ses positions qui n’évoluent guère de la première à la dernière interview.

Titre original : Razzle Dazzle: A Journey Into Dance

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Durée : 95 mn


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