Cowboy Angels

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Malgré son titre, « Cowboy Angels » n’est pas un film américain. Le premier long-métrage de Kim Massee suit le parcours de Louis et Pablo, l’un, trafiquant à la petite semaine, l’autre, enfant délaissé. Embarqués dans la quête imaginaire du garçon, ils vont apprendre à s’apprivoiser.

La nord de Paris est filmé tel le Bronx, bar glauque et sombre, personnages pittoresques et grandes gueules. Tel un personnage de Win Wenders, Louis trinque et s’enivre, avant de prendre la route. Le soir même, un gamin l’observe et deviendra le moteur d’un voyage entre Paris et la frontière espagnole. Louis s’attache au bagout de Pablo, garçon à la gouaille d’un Antoine Doinel, qui soi-disant part y rejoindre son père. Bien que la relation enfant-adulte et la solitude d’un enfant furent maintes fois traitées dans le cinema français comme le fit Truffaut, Kim Massee lorgne plutôt vers les binômes désespérés, éreintés et insouciants de l’Amérique. Cowboy Angels renvoie à ce pan entier de la tradition américaine, entre road-movie, personnages conviés à l’errance et à un voyage-initiation, voyage-évasion.

La situation exposée, les images de Paris-Texas de Win Wenders et de Gloria de Cassavetes sommeillent, et on se réjouit trop rapidement d’une telle transplantation de la culture outre-atlantique. La réalisatrice, qui a bataillé pour distribuer son film et qui l’a autoproduit, caractérise des personnages attachants et familiers de l’errance. Mais d’emblée, les gros plans successifs sur les visages des soiffards les décrivent davantage comme des ivrognes clownesques. Cette pseudo-vision de l’enfant tend à rompre avec le réalisme du road-movie et exagère la dureté du monde réel, apaisée par des rencontres au cours d’une trajectoire faussement rectiligne. La relation exprimée, rehaussée par l’intention première de la réalisatrice de capturer la spontanéité de son propre fils, pré-adolescent, fait pourtant défaut. Alourdies par des dialogues fastidieux, les paroles de Louis et Pablo renvoient souvent à un exercice de direction d’acteurs et récitent plus qu’ils ne jouent. Les personnages sont attachants certes, mais dérobent l’enthousiasme d’une initiation, d’une aventure complice, où les échanges aussi bien que les regards tissent une relation improbable.

Alors que le road-movie accorde la primauté à la balade, les plans larges et elliptiques n’apparaissent pas dans le film, comme si les territoires ne pouvaient s’engager dans d’autres voies cinématographiques que ceux déjà enracinés dans son propre espace. Il est vrai que les paysages de Hopper, Burchfield ou Wyeth ne peuvent transparaître à l’écran, alors qu’ils sont des références surannées et esthétiques pour les cinéastes comme Win Wenders ou Jarmush. Le défaut principal revient à ce manque d’ampleur, de sentiment de liberté et de possible échappatoire, qui constitue pourtant la base d’un road-movie. A aucun moment la réalisatrice ne laisse respirer le parcours entre Louis et Kevin. La succession de plans serrés aboutit à une sensation non pas de film mais d’essai, à l’instar de la direction d’acteurs.

Ni hommage ni copie du genre américain ne se dégagent de Cowboy Angels. A l’image d’une séquence de western en pleine rue entre les deux protagonistes, Cowboy Angels répond à un semblant d’aboutissement d’américanité pour la réalisatrice franco-américaine, son propre parcours sous forme de retour aux sources. Cowboy angels, maladroit et épris d’une tendre touche personnelle, pose au moins la question de l’espace lié aux conventions et aux genres. Le road movie est-il un genre inhérent aux Etats-Unis, ou plus largement au continent américain, comme l’a prouvé  le récent Que Tan Lejos de Tania Hermida? 

Titre original : Cowboy Angels

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Durée : 100 mn


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