Select Page

Coffret Roman Polanski (Le couteau dans l’eau-Répulsion- Cul de sac)

Article écrit par

Les trois premiers longs métrages de Polanski, ou comment les obsessions du cinéaste ont-elles été couchées sur pellicule.

Sortie en coffret DVD le 19 Mars 2008.
Édité chez Opening

Roman Polanski est l’un des rares cinéastes à pouvoir se targuer d’un tel parallélisme entre vie personnelle et vie artistique. D’ascendance juive, l’enfant, alors prénommé Raymond, sera le témoin des atrocités de la guerre. Né en France, il part en Pologne avec son père en 1936. Sa mère meurt en déportation en 1941. L’horreur qui marque sa prime jeunesse représente une des clés de ses oeuvres : des personnages sont souvent immatures, qui se débattent dans l’absurde et essaient de surmonter la fatalité (comme en témoigne Le pianiste, Palme d’Or à Cannes en 2002, certainement le film le plus intime du réalisateur) . Polanski développe les thèmes forts de l’aliénation mentale, de la paranoïa, du bizarre, du malsain, dans un souci constant de décrire des personnages grotesques qui luttent contre la malédiction, au travers d’un univers filmique dense et foisonnant.

La carrière de Polanski oscille entre traumatismes causés par la seconde guerre mondiale et aléas tragiques d’une vie proche de ses films. Elle commence véritablement avec le plus sordide et aussi le plus mémorable de ses films, Le couteau dans l’eau (1962), écrit avec Jerry Skolimowski, qui transcende le genre du huis-clos. Intégralement tourné à bord d’un bateau, le film est une lutte incessante entre les hommes et les classes. Le cinéaste libère ses obsessions les plus profondes, son angoisse et sa peur de l’autre. Pièce matricielle de son oeuvre, Le couteau dans l’eau conditionne la suite de sa carrière.

Deuxième long métrage de Roman Polanski, Répulsion date de 1965. À l’époque,  Catherine Deneuve devait son naufrage délirant à ses troubles intérieurs. Mais le film se garde bien de trancher. Derrière la caméra, Polanski entretient le doute, amenant à se demander si un pareil monde, nullement monstrueux, mais juste sinistre (des personnages aigris -à l’image de ceux que l’on trouvaient quelques années auparavant en 1939, dans Derrière la façade, de Georges Lacombe et Yves Mirande) est vraiment vivable. Dans ce film (qui appartient à ce qui l’on pourrait appeler le trilogie paranoïaque de Polanski avec Rosemary’s baby et l’excellent Locataire) se dégage déjà une certaine puissance malsaine, point d’orgue de la maîtrise cinématographique du cinéaste. Le montage peint une réalité extérieure agressive qui se confond avec le personnage de Catherine Deneuve.

Définitivement attaché à des personnages complexes, Roman Polanski distille le parfum de la suspicion dans le très réussi Cul-de-sac (1966). Sur une île déserte en Irlande, qui évoque déjà Le bal des vampires, deux gangsters vont partager le quotidien d’un couple.  Entre doutes et manipulations, chacun accomplira  l’impensable, et les rires d’angoisse côtoient alors les peurs ancestrales.  Huis-clos  qui fait naître de nouvelles complicités, ce vaudeville est un parfait exemple de tragi-comédie.  Un sentiment permanent d’inquiétante étrangeté appuyé par la bande son de Krzysztof Komeda.

Un coffret DVD indispensable donc, puisqu’il se compose des trois premiers longs métrages de Roman Polanski, certes, mais aussi de bonus comportant des interviews du cinéaste et des autres protagonistes ayant participé à ses oeuvres. Un régal sans égal!

Titre original : Cul-de-sac

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 110 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Qui a tué le chat?

Qui a tué le chat?

Après “l’argent de la vieille”(1972) et avant “le grand embouteillage”(1979), Luigi Comencini se commet dans une satire implacable qui vise à débrouiller l’écheveau des travers de la société de son temps. Sous le vernis de la farce à l’absurde déjanté s’écaille une vision lucide et décomplexée. Décapant.

Casanova, un adolescent à Venise

Casanova, un adolescent à Venise

“Casanova, un adolescent à Venise” dépeint une tranche de la vie picaresque de l’auteur-mémorialiste libertin de “Histoire d’une vie”, Giacomo Casanova. Cinéaste de “l’innocence perdue”, Comencini s’inspire des tableaux de genre du peintre vénitien Pietro Longhi pour leur insuffler le mouvement comme autant de saynètes croquant les moeurs dissolues de l’aristocratie de la république vénitienne au siècle des lumières le tout somptueusement enchâssé sur la toile de fond en trompe-l’œil de la lagune.