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Charly

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Devenir adulte c’est en quelque sorte claquer une porte pour en ouvrir une autre. Claquer la porte de chez soi pour s’installer ailleurs, claquer la porte de l’enfance pour s’ouvrir sur le monde adulte. Et si l’on s’en tient à ses métaphores, l’adolescence serait le corridor entre ces deux univers, une salle d’attente pas toujours […]

Devenir adulte c’est en quelque sorte claquer une porte pour en ouvrir une autre. Claquer la porte de chez soi pour s’installer ailleurs, claquer la porte de l’enfance pour s’ouvrir sur le monde adulte. Et si l’on s’en tient à ses métaphores, l’adolescence serait le corridor entre ces deux univers, une salle d’attente pas toujours confortable. Avec Charly, son second long-métrage, Isild Le Besco a compris en observant son propre frère que « c’était ce moment-là qu’il fallait attraper dans un film ». Sa muse est ainsi devenue naturellement son acteur principal. Kolia Litscher, qui avait déjà tourné pour sa sœur dans Demi-Tarif un long-métrage sur l’enfance, insuffle une nouvelle fois sa dose de vérité à l’écran.

L’histoire est simple. Un adolescent de 14 ans, Nicolas, fugue de chez ses parents adoptifs, des vieillards, pour se rendre à Belle-Île sur un coup de tête, après avoir trouvé une carte postale. Seul face à la réalité du monde, il est bientôt hébergé dans une caravane par une jeune prostituée, Charly. Les quelques jours passés à ses côtés avant de reprendre la route et de rentrer finalement chez lui vont bouleverser son existence.

Question réalisme, Isild Le Besco n’a pas lésiné sur les efforts. Non seulement elle a fait le pari de placer son frère, acteur non professionnel, dans un état d’esprit qui lui était plus que familier, mais surtout, le tournage s’est déroulé en temps réel (15 jours) épousant précisément la durée de l’histoire. Si ses acteurs avaient bien sûr connaissance du scénario, la part laissée à l’improvisation et au « non jeu » des émotions était l’exigence principale de la jeune réalisatrice. L’utilisation de la caméra DV englobe évidemment le tout dans une image instable et furtive, relais bien connu du réalisme dans le cinéma actuel.

Or si les effets réalistes du film se tiennent, la légèreté du scénario couplée à une certaine lenteur dans le montage, a tendance à rendre le film quelque peu soporifique. Seule la scène centrale (scène où les deux protagonistes répètent une pièce de théâtre) donne un coup de fouet et de fraîcheur à l’histoire. La prestation de Julie Marie Parmentier (qui joue Charly) est vivifiante. Son rôle est essentiel dans la mesure où il donne le ton, la couleur et le goût du film. Tout comme Nicolas, on apprend à s’attacher à cette fille paumée, maniaque, aux sauts d’humeur répétés et qui aime la confiture de groseille, les chats et les chaussures. Julie-Marie Parmentier lance avec une fougue impressionnante ses répliques aussi tranchantes que des lames affûtées. Isild Le Besco affirme d’ailleurs avoir choisi son actrice qui joue « comme s’il y avait de la pierre en elle. »

Bien sûr, une seule séquence, même réussie, ne peut porter tout un film. Les maladresses dans la réalisation, aussi volontaires qu’elles puissent être, ouvrent certes la voie à un autre cinéma mais leur effet n’apporte que peu de sens ajouté à l’œuvre. Les soustractions occasionnelles de son ne créent pas de pauses dans le récit, par exemple. Charly est donc une œuvre audacieuse par ses choix artistiques mais dont les quelques carences laissent supposer qu’Isild Le Besco effectue toujours ses premiers pas dans l’univers complexe et subtil de la réalisation.

Loin de signer une critique assassine envers ce nouvel espoir du cinéma français, il s’agit davantage d’un encouragement. Car si Charly est bien sûr influencé par des cinéastes qui ont fait leurs preuves tels que Benoît Jacquot ou encore Emmanuelle Bercot (deux réalisateurs qui ont dirigé Isild Le Besco en tant qu’actrice), sa jeune réalisatrice doit encore trouver son propre langage pour enfin l’affirmer.

Titre original : Charly

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Durée : 95 mn


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