Chaque jour est une fête (Every Day is a Holiday)

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Trois femmes figées dans un contexte social et politique très tendu, où rien ne bouge, par peur d’une catastrophe, vont être confrontées à leurs rêves et à leurs illusions. Belle illustration du Liban actuel, film courageux et militant.

Le cinéma libanais revient par le biais de ce film, hésitant entre prise de conscience politique et esthétisme, mettant en scène trois femmes réunies par le hasard et l’absurdité dans un pays ravagé par la guerre et l’incertitude. Un autocar conduisant des femmes à la prison où sont enfermés leurs conjoints est immobilisé par une attaque. Elles sont donc obligées de continuer à pied ou d’abandonner. Cette fatalité fera que trois femmes vont se rencontrer et cohabiter dans une sorte de road-movie dans un pays où la beauté des paysages arides coïncide avec la difficulté sociale. Comme la réalisatrice, on se dit que pour échapper à cette condition, il ne reste que le rêve, la poésie et pourquoi pas le miracle. Mais, comme elle se le demande elle-même, les miracles existent-ils ?

Le film donne naissance à des images souvent très belles, inattendues, comme le camion rouge transportant des poules blanches qui vont s’échapper accidentellement. Écrit avec Rabih Mroué, auteur de théâtre libanais réputé pour son humour noir chargeant l’histoire libanaise, Chaque jour est une fête est bien sûr une antiphrase, quoique… En effet, si l’on comprend le message, la vie est tellement absurde, qu’il faut s’empresser d’en rire d’où quelques situations cocasses, entre rire et angoisse, sans doute à l’image des habitants de ces pays sans cesse menacés par des attentats et des guerres fratricides. « L’authenticité de notre propos prend ses racines dans la réalité du quotidien d’un Liban, déclare Dima El-Horr, à la conjoncture sociopolitique aliénante. Notre vécu, le mien en particulier, s’est imposé comme une nécessité, pour pouvoir réussir à parler de celui des autres. Il a donc fallu se confronter à notre propre réalité. Cette expérience profonde d’introspection m’a permis d’affronter mes obsessions dues aux années de guerre et de prendre conscience de la violence de leurs impacts sur moi et sur toute une population. »

La guerre est en effet très présente, dans ses ruines (superbe affiche du film), ses peurs, son inquiétante présence absence. Car Dima El-Horr ne la montre jamais, mais nous la fait ressentir comme présente, comme un monstre jamais rassasié et qui peut tout soudain se réveiller et tout anéantir. Comment vivre, comment aimer dans un pays qui danse au-dessus du volcan, même si c’est un peu notre lot à tous, au Liban et au Moyen-Orient en général, l’inquiétude est encore plus grande qu’ailleurs, cette guerre souvent larvée est une menace incessante ? Et c’est ce que rend bien l’atmosphère de ce film, un peu rêveur, tendre et quelque peu féministe même si on se demande encore si, ici, la femme est vraiment l’avenir de l’homme. Lui laissera-t-on sa chance ? Encore une fois, on ne pourrait que se répéter le célèbre vers d’Aragon : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ». Servi par une musique admirable de Pierre Aviat, il faut saluer la témérité de ce film, encore une fois encouragé par l’engagement de son producteur délégué, Thierry Lenouvel.

Titre original : Every Day is a Holiday

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Durée : 85 mn


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