Select Page

Ce qui reste

Article écrit par

Un film d’amour sur fond de tragédie, d’idéologie et de terrorisme…

Quand Asli rencontre Saeed

Ce film aurait pu être une bien belle histoire d’amour. Il aurait presque pu s’appeler Quand Asli rencontre Saeed. Mais Anne Zohra Berrached, et sa scénariste Stefanie Misrahi, en ont décidé autrement. La réalisatrice de ce petit bijou est née à Erfurt, en Allemagne. Elle a travaillé comme professeur d’art dramatique à Londres pendant deux ans. Elle a terminé ses études de cinéma à la Filmakademie de Baden-Württeberg en 2016. Son documentaire court Heilige & Hure (2010) a concouru à plus de quatre-vingts festivals de cinéma dans le monde. Son premier long métrage Two Mothers (2013) a remporté le prix Dialogue en perspective de la Berlinale. 24 Weeks, son deuxième long-métrage, a été présenté en avant-première lors de la Berlinale de 2016 et a reçu l’Ours d’argent du meilleur film allemand.

 

Un très bon scénario

Sortant donc d’un scénario qui aurait pu être celui d’une sorte de nouveau Roméo et Juliette mettant en scène un jeune couple qui se rencontre à l’université. Il est beau, charismatique et a entrepris pour faire plaisir à ses parents, riches Libanais, des études en dentaire. Elle, d’origine turque, est une brillante jeune étudiante promise à un bel avenir de médecin. Sa mère n’approuve pas cette union parce qu’il est arabe, elle aurait préféré que sa fille, Asli, rencontre un Turc de sa région d’origine. Mais l’histoire débute et se déroule peu à peu en se tendant vers un suspense que nous ne pouvons dévoiler. On se doute peu à peu qu’elle va basculer dans le drame. Bien sûr, le thème principal est la description d’un amour, comme il évolue et comment il peut perdurer malgré les circonstances. Asli est belle, elle découvre peu à peu, jusqu’à se rendre au Liban, la psychologie complexe de l’homme qu’elle aime. La réalisatrice tente d’aller jusqu’au bout pour tenter de démontrer comment on peut continuer à aimer quelqu’un qui s’éloigne peu à peu à cause de l’idéologie. Actuellement, confie-t-elle dans le dossier de presse du film, même les histoires de couple sont dominées par l’idéologie, et quelquefois même la violence infligée comme on le voit parmi ceux qui obligent leur femme à se voiler. « Avec les producteurs Roman Paul et Gerard Meixner, déclare-t-elle, j’ai entrepris un travail de documentation sur les terroristes et leur femme. Ce matériau nous a servi de base, à la scénariste Stefanie Misrahi et moi-même, pour évoquer le destin de deux protagonistes qui ont émergé en partie de nos recherches et en partie de notre imagination. Ce ne sont pas les données que nous avons trouvées qui nous ont permis d’explorer les émotions d’une femme de terroriste : bien que nous ayons consulté une masse de documents, le film n’est pas le récit d’une séquence historique, mais plutôt ce que m’ont inspiré de nombreuses histoires et personnages que nous avons découverts. »

 

Film en mouvement

Un très beau film, convaincant, qui reste esthétique grâce à la direction d’acteurs, la photographie de Christopher Aoun, la beauté des paysages dans leur diversité puisque la production a pu permettre de faire tous les déplacements nécessaires. L’enjeu d’Arte à soutenir ce film est évident et on espère qu’on en produira encore pour permettre à la lutte contre certaines idéologies néfastes de se poursuivre.

 

Titre original : Die Welt wird eine andere sein

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 119 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Cadavres exquis

Cadavres exquis

Les cadavres exquis du titre évoquent les dépouilles parcheminées de l’ossuaire de Palerme autant que l’ hécatombe de dignitaires de justice froidement assassinés. Dans ce climat chargé de gravité mortuaire, Francesco Rosi épingle la collusion des pouvoirs politico-judiciaires dans les années de plomb qui secouent l’Italie. A redécouvrir en version restaurée.

Main basse sur la ville

Main basse sur la ville

Loin de paraître datés, les films de Francesco Rosi apparaissent aujourd’hui plus prégnants que jamais. A la charnière du documentaire et de la fiction réaliste, ils appartiennent au genre didactique, qui explorent les zones d’ombre et l’opacité de la réalité sociale italienne comme l’on assemble les fragments d’un puzzle tout en ménageant une fin ouverte. Focus sur un thriller politique quasi intemporel.