Select Page

Cashback

Article écrit par

Le temps, celui après lequel chacun de nous court, que l´on sent filer entre nos doigts, qui nous fait souvent défaut, n´est pas un problème pour Ben. Après sa rupture d´avec Suzy, le temps qui lui est imparti s´allonge, s´étend considérablement. Ben réalise alors que la blessure, c´est que le temps s´envole. Le remède, c´est […]

Le temps, celui après lequel chacun de nous court, que l´on sent filer entre nos doigts, qui nous fait souvent défaut, n´est pas un problème pour Ben. Après sa rupture d´avec Suzy, le temps qui lui est imparti s´allonge, s´étend considérablement. Ben réalise alors que la blessure, c´est que le temps s´envole. Le remède, c´est de le piloter. Afin de l´occuper, Ben effectue de nombreux voyages, se promenant entre le réel et l´imaginaire, le présent et le passé, le ralenti et le mode pause, prenant ainsi du recul sur sa vie. Pour nous, spectateurs, c´est lors de ses pauses que l´on comprend pleinement que celui qui a pensé ce film, Sean Ellis, est un véritable photographe et qu´il a réalisé Cashback avec ce regard si particulier, maîtrisant parfaitement les cadres dans lesquels apparaissent et disparaissent les personnages, la lumière qui les éclaire et les entoure, les décors qui se succèdent de manière quasi imperceptible ainsi que les flash-backs qui happent le spectateur pour mieux l´orienter vers le récit.

Ces escales dans le monde imaginaire font apparaître un univers où le temps n´a plus cours, n´a plus d´effet sur les gens. Un univers où il est suspendu, possibilité donc de capturer les émotions, les impressions, et de les ressentir. C´est en s´engouffrant dans cet imaginaire que Ben tue le temps au magasin où il travaille désormais la nuit pour faire fructifier ses insomnies. Dans cet univers, les femmes deviennent de magnifiques mannequins de grands magasins qu´il peut habiller et déshabiller à souhait pour ensuite les coucher sur le papier. Peintre dans l´âme, c´est avec une fascination pour la beauté qu´il regarde et admire ces << modèles malgré elles >>. Mais cette suspension est en réalité un véritable pouvoir ne servant pas juste à tuer le temps mais aussi, paradoxalement, à réellement le prendre, à le sentir passer et finalement le maîtriser. Etre conscient de la durée qui s´évapore, c´est se l´approprier et ne plus la laisser filer.

C´est dans le regard de Ben que le cinéaste Sean Ellis dépeint alors la beauté du temps. Les deux concepts, beauté et temps, primordiaux aux yeux d´Ellis, s´enchevêtrent tout au long du récit, à travers les différents univers que traverse son personnage. Ces univers représentent pour le réalisateur un flot de sentiments, de sensations, par lequel il désire que le spectateur se laisse entraîner. Toutes ces différentes perceptions laissent aussi la place à l´amour, amour perdu, amour retrouvé. La fille que Ben cherche à oublier se transforme peu à peu en un nouvel amour, Sharon (superbe Emilia Fox). Le temps fait son oeuvre. Cette femme, pour qui la règle n°1 pour faire passer le temps est de ne jamais regarder l´heure, pose un regard neuf sur le monde qui les entoure. Pour elle aussi le temps doit se maîtriser car c´est ainsi que l´on peut diriger sa vie. Et c´est cette femme là que Ben va réussir à emmener dans son monde ; un monde où l´amour, si on ne s´arrête pas, on risque de le manquer. C´est en quelque sorte une petite leçon de vie que souhaite nous donner ici Sean Ellis, la mettant admirablement bien en image.

Titre original : Cashback

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Durée : 102 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Le photographe

Le photographe

Ritesh Bafa nous livre ici un quatrième long métrage dans la lignée de sa production indienne précédente sans se répéter pour autant.

La Victime

La Victime

« La victime » tient une place et un statut à part dans la cinématographie britannique. L’ oeuvre dénonce l’hystérie
paranoïaque d’une « chasse aux sorcières » menée à l’encontre de la communauté homosexuelle. Le film favorisa la jurisprudence en faveur d’un amendement voté en 1967 dépénalisant l’homosexualité.