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Carré blanc

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Conte futuriste désenchanté, Carré blanc, sans toujours parvenir à se défaire d’une lourdeur allégorique, sait parfois faire preuve d’un sens poétique et parvient à émouvoir.

Minimaliste, déroutant, souvent confus, Carré blanc est un film d’anticipation ambitieux et bancal. S’il s’appuie, belle réussite, sur un important travail de stylisation visuelle qui parvient à rendre crédible avec peu de choses l’univers décrit, il fait trop souvent preuve d’un manque de subtilité et de nuance dans sa manière de livrer les éléments qui permettent au cinéaste de construire son discours. Résultat : un film qui cherche à s’affirmer tout en ayant peur d’exister. Un film encore fragile, inabouti. Un film chargé de redondances – jusqu’à l’agacement – par excès, finalement, de prudence.

Carré blanc s’engage pourtant sur de bons rails lorsqu’une première scène, courte et angoissante, évitant le jeu du bizarre un peu facile et poseur, fait monter la tension à partir d’un simple échange de regards. On nous promet un face à face avec l’horreur pure. Puis, changement de voie : le récit rejoint un ensemble sinistre d’immeubles d’habitation. Une mère et son fils. Un suicide. L’orphelin confié aux services d’éducation de l’Etat. La science-fiction dépressive de Jean-Baptiste Leonetti présente une humanité – plus qu’un décor – en ruines, une population rongée de l’intérieur maintenue malgré tout, semble-t-il, en vie par l’insistance de mots d’ordre rappelant chacun à ses devoirs et diffusés en permanence par un service radiophonique jusque dans les habitations privées. Le film avance alors par petits sauts et pas de côtés. Multipliant les ellipses et les ruptures de ton, il dresse le portrait convaincant d’un avenir sans âme, en explorant les quelques facettes avec inventivité. Les scènes, à la fois drôles et cruelles, dans lesquelles Sami Bouajila (Philippe, le jeune orphelin devenu grand), implacable directeur des ressources humaines pour une société sans nom, fait passer des tests de recrutement, sont particulièrement réussies.

C’est avec un certain sens poétique que le cinéaste dessine la carte d’un monde devenu petit et fermé. Une petitesse en réponse à laquelle une violente fable pour enfants prenant pour personnages des ours polaires fera efficacement office de vision exotique exprimant la profonde aspiration à un ailleurs berçant les rêveries de Philippe. Une aspiration qui rejoint le désir de retrouver la mère qui lui contait cette histoire, être aimé à présent disparue. Cette conjonction de souhaits contradictoires (l’évasion, retrouver le giron de la mère) exprimée au milieu de tels déchaînements de violence participe d’un archaïsme généralisé également convoqué par le minimalisme du film. Car sa science-fiction faite de tours HLM, de vieilles barrières encerclant les lieux d’habitation, d’institutions passéistes, de murs sales, d’anciennes combinaisons isolantes, de haut-parleurs qui crachent des sons démodés et des messages d’une étonnante naïveté publicitaire est bien en quête de cela, d’un futurisme ancien, tombé en ruines, d’images d’hier croisant une fiction de fin du monde.

C’est dans son obstination à se maintenir dans une dimension allégorique (une manière de ne pas faire suffisamment confiance aux images) que Carré blanc trouve sa limite. Le propos sur la violence attachée au caractère carcéral de son univers, trop maladroitement appuyé, très répété sans être véritablement construit, tend à paralyser – et c’est bien dommage – un film qui demandait à être plus vivant, moins démonstratif. De même, tout ce qui tourne autour du couple formé par Bouajila et Julie Gayet n’est pas spécialement réussi. Les dialogues sonnent comme du mauvais Antonioni, et leur évolution manque sérieusement de finesse. La brutalité qui préside à leur relation n’est qu’à moitié convaincante, trop surlignée, trop expliquée, jusqu’à une sorte d’éveil final qui ne parvient pas à atteindre à la fois la sincérité et l’intensité émotionnelle recherchées. Par manque de spontanéité et, sans soute, d’un peu de folie.
 

Titre original : Carré blanc

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Durée : 76 mn


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