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Cargo

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Dédié à tous les marins pris en otage par des pirates des mers, « Cargo » permet toutefois de se faire une idée de la vie sur ces tas de ferraille plus ou moins flottants, la rapacité des armateurs et la corruption de la police.

Difficile il est vrai de ne pas penser au clip de la chanson Cargo de nuit, qui rendit célèbre Axel Bauer au début des années 80. Mais si la sueur est bien là, le rythme manque singulièrement à ce film qui, bien que partant d’une bonne idée et d’un bon sentiment, se traîne en longueurs. Dédié à tous les marins pris en otage par des pirates des mers, Cargo permet toutefois de se faire une idée de la vie sur ces tas de ferraille plus ou moins flottants, la rapacité des armateurs et la corruption de la police. Un amalgame qui pourrait presque être pris comme métaphore de la situation mondiale que nous connaissons aujourd’hui : nous sommes les matelots pris en otage sur ce rafiot et qui ne peuvent fuir alors que tous les rats quittent pourtant le navire.

Comment conserver sa dignité et son droit alors que tout sombre dans les abysses des mers chaudes ? Léon Desclozeaux explique que l’idée de ce film lui est venue du souvenir d’un précédent tournage, Chittagong dernière escale. « Nous étions au large, de nuit, sur le cargo qui devait s’échouer au petit jour sur la plage de Chittagong, afin d’être ensuite désossé par les ferrailleurs de la mer. J’ai entendu des hurlements terribles, provenant d’un autre cargo mouillé à côté du nôtre. J’ai demandé au capitaine de notre bateau quelle était l’origine de ces cris. Il m’a expliqué que c’était ceux des marins abandonnés sur ce navire par leur armateur, qui voulait vendre son bateau sans payer leurs salaires et avait donc décidé de les affamer pour qu’ils quittent le navire. » On le voit, les mers ne sont pas infestées que de requins carnivores, on y rencontre aussi des prédateurs bien humains.

Le film débute un peu comme un passage de L’Odyssée. Alors qu’ils ont été mis en garde par leur capitaine, les matelots ne peuvent résister au chant des sirènes, en l’occurrence des prostituées qui accostent sur un bateau dans cette rade thaïlandaise, pour offrir du plaisir mais surtout pour permettre ensuite à des pirates d’investir le cargo immobilisé. Et quand les femmes sont là, semble nous dire le scénario, les ennuis ne sont pas loin ! Il faut dire qu’après, nous allons passer une heure et demie quasiment non stop dans un bateau, tournant un peu en rond, d’autant qu’à chaque action, la mise en scène ne fait même pas l’économie de la voix-off nous racontant ce qui se passe. Il ne se passe pas grand-chose, le tout baigne dans une lumière verdâtre et glauque, on a presque aussi chaud que les protagonistes et on s’ennuie un peu, attendant une délivrance qui ne viendra jamais.

Si Léon Desclozeaux a voulu nous mettre dans la situation du capitaine, interprété par un Aurélien Recoing en pleine forme, c’est réussi. Une femme était restée cachée dans les cales, et servait de remontant au marin blessé. Alors, sans doute pour ne pas finir sur une note trop misogyne, la réalisation nous offre l’ellipse la plus courte de l’histoire du cinéma. En quelques plans, un happy end est installé. C’est dommage et inutile de surcroît.

Titre original : Cargo, les hommes perdus

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Durée : 100 mn


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