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0SS 117 Alerte Rouge en Afrique noire

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Alerte Rouge en Afrique noire et trois problèmes qui font rire jaune…

Problème de personnage

Plus de 10 ans ont passé depuis l’excellent OSS 117 Rio ne répond plus. C’est dire si ce nouvel opus était attendu, d’autant que Michel Hazanavicius cède la place à Nicholas Bedos. L’attente était grande, la déception l’est tout autant. On est ici à l’orée des années 80, la veille de l’élection de François Mitterrand et 117 est envoyé en Afrique subsaharienne pour aider le dictateur local mis à mal par une guérilla communiste. Édulcorant le principe pasticheur de James Bond mis en place par Hazanavicius, qui profitait de l’occasion pour mettre amoureusement en scène une esthétique vintage, Bedos choisit de politiser son film à outrance, cherchant à dénoncer ce qui est montré. Sans doute ayant peur d’être accusé de complaisance avec un sujet devenu ô combien sensible : le racisme…Le personnage de 117 est ici conçu pour être un salaud, raciste, misogyne et regardé comme tel ; dénué de tout côté positif, empêchant toute empathie à son égard. Tristement, ce qui ressort est une forme de surplomb, un regard accusateur et méchant sur le personnage principal qui n’est pas aimé du réalisateur. 117 a toujours été un personnage borderline reflétant certains défauts réputés français : orgueilleux, vaniteux, croyant tout savoir sur tout et affirmant ses quatre vérités sur le monde comme si de rien n’était. Mais il est aussi courageux, opiniâtre et le rire qu’il provoque vient justement, en partie, de la dichotomie entre son idiotie et sa force de surhomme.  Se sentant obligé de grossir les travers de 117 pour les dénoncer, Bedos en vient à le transformer en caricature de caricature, niant violemment au passage ce trait de caractère important du personnage : son charme. Charme qui, pour le coup, faisait de lui une véritable personnalité sulfureuse.

 

 

Problème d’époque

L’anachronisme de certains thèmes pose aussi problème. L’insertion de clins d’œil au mouvement meetoo, au féminisme moderne, à la culture geek et à la remise en question des orientations sexuelles, résonnent comme une forme de jugement, cette fois-ci non plus du personnage, mais de son époque. Le but n’étant plus d’immerger le spectateur dans un temps révolu, mais de l’inciter à la juger rétroactivement, au regard des mœurs actuelles ; renvoyant à une forme d’autosatisfaction égotique de notre modernité. Ce qui est prétentieux et ne laisse pas de place à la nuance ni à la subtilité, accentuant le surplomb du regard. Réduisant ainsi le film à une forme de porte-étendard des revendications politiques actuelles. Hazanavicius, lui, ne regardait pas le passé en le jugeant, mais se contentait d’en rire et de s’en amuser. Le symbole parfait du malaise et de l’usage de la moraline étant la séquence où 117 et le dictateur africain local se mettent à chanter Annie aime les sucettes de manière crade et lourdingue ; à cet instant le but est de prouver le caractère déplacé et honteux de la chanson de Gainsbourg. Et si on fait remarquer qu’essayer d’avoir le tiers du talent de ce dernier serait une bonne chose, on se ferait sans doute accuser d’être réactionnaire, misogyne ou fasciste. C’est d’autant plus dommage que le questionnement initial du film : la rupture générationnelle et le vieillissement, traités via le personnage de l’agent 1001 (très bon Pierre Niney) en valait le coup. Autre motif de regrets, comme pour les films d’Hazanavicius les moyens avaient été mis. L’image est belle, le montage des scènes d’action efficace et les lumières très bien travaillées. Les décors sont beaux et certains gags marchent ; mention spéciale au montage utilisant pêle-mêle images de la tour Eiffel, de Gaulle, défilés militaires et émissions de variétés typiquement françaises pour aider OSS 117 à avoir une érection.

Problème de peur

Mais on l’aura compris, on ne rit pas beaucoup en regardant ce troisième volet d’OSS 117, ce qui est fort dommage pour deux raisons. D’abord parce qu’un film d’humour pas drôle est plus triste qu’une tragédie comique par inadvertance, ensuite parce qu’on a là l’abaissement d’une figure populaire. En sermonnant le personnage d’OSS 117, en le méprisant, en le détestant, c’est le public que Bedos sermonne et à qui il fait la morale. Ce faisant il rend sourdes les personnes visées qui, vexées, plutôt que d’aller au cinéma, préféreront, la prochaine fois, aller regarder des vidéastes sur YouTube. La peur de l’accusation de complaisance avec des personnages racistes et l’insertion de thèmes sociétaux actuels au sein de cette histoire illustrent deux tendances glauque et sordide : l’importation du puritanisme américain en France, et la volonté révisionniste concernant l’Histoire. En un mot, la tendance de la cancel culture. OSS 117, panique rouge en Afrique noire est un symptôme de son époque, celui d’un militantisme violent, bon chic bon genre et puritain ; faisant de lui un film faussement sulfureux et véritablement convenu. Il y a quelque temps à la cinémathèque française se jouait Rabbi Jacob, un film dans lequel de multiples clichés racistes et antisémites sont présents, prouvant que l’on peut les avoir pour sujets sans pour autant que l’on puisse parler de complaisance. Voir OSS 117 panique rouge en Afrique noir, dans le fond, c’est voir un film qui regorge de peurs. Peur de la réaction des autres, mais aussi peur de soi-même et de sa propre culture ; peur de son passé. Or on ne peut pas faire un film, qu’il soit humoristique ou dramatique, dont la vertu serait la peur. Car il n’y a alors plus rien à offrir que des ornières puritaines balisant un chemin convenu, moral, bien pensant et étouffant. En un mot, c’est la fin de la liberté de création.

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