Wilderness

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Profitant du renouveau actuel du cinéma fantastique britannique incarné par 28 jours plus tard de Danny Boyle et ses alternatives drôlement gores (Shaun of the dead d´Edgar Wright), le jeune Michael J. Bassett a trouvé le moyen de rebondir avec un scénario à l´origine très faiblard, qu´il a essayé de remodeler en injectant de la […]

Profitant du renouveau actuel du cinéma fantastique britannique incarné par 28 jours plus tard de Danny Boyle et ses alternatives drôlement gores (Shaun of the dead d´Edgar Wright), le jeune Michael J. Bassett a trouvé le moyen de rebondir avec un scénario à l´origine très faiblard, qu´il a essayé de remodeler en injectant de la perversité et en empruntant beaucoup d´idées à d´autres films pour conférant un minimum d´intégrité. A l´arrivée, c´est encore plus faiblard. En comparaison, Severance, déclinaison moyennement concluante de slasher british post-Shaun of the Dead réalisée par Christopher Smith et sorti en 2006, passe pour un parangon d´originalité. C´est dire si Wilderness est à peine digne de la plus mauvaise série B des années 80. Non seulement la démarche s´apparente à de l´opportunisme (certes, piquer les idées de son voisin pour les faire siennes est devenu un péché véniel dans l´industrie cinématographique actuelle), mais elle tourne très rapidement au pastiche saumâtre.

Pour faire simple, il n´y a pas une scène de Wilderness qui ne renvoie pas à un film précis jusque dans les références les plus pathétiques (prière de passer sous silence la scène de l´arc renvoyant à Délivrance – Bassett ayant la << bravitude >> de nous éviter le coup du banjo). A chaque instant, on ne peut s´empêcher de penser que dans la même catégorie on a déjà fait mieux, plus incisif et plus viscéral. On aurait aimé féliciter Bassett d´oser court-circuiter la caractérisation usuelle des ados dans le cinéma de genre, ici présentés comme bien cruels et démolis du ciboulot, taraudés par la frustration, l´ennui, la violence intérieure. En somme, les victimes d´un huis clos en plein air. Au fil de l´intrigue, ils deviennent moins sympathiques que le tueur au bon fond – dont l´identité est révélée à mi-chemin (encore une volonté de ne pas respecter les codes du genre) – qui, lui, gagne l´empathie du cinéaste et à fortiori celle du spectateur. Bonne idée sur le papier. Or, à l´écran, c´est l´effet inverse qui se produit : Wilderness se roule dans le premier degré, carbure au manichéisme, transpire le schématisme et révèle la mécanique illusoire de sa fausse transgression : aucune identification n´est possible avec le spectateur qui attend impatiemment que tous ces gentils vilains se fassent dézinguer au plus vite et que les bergers allemands arrêtent de se prendre pour des Rintintin zombies.

En cela, à défaut d´être subversif, Bassett confesse surtout une prédilection pour la caricature et l´outrance. Le traitement visuel proche du théâtre filmé (un comble pour un film censé se dérouler à l´extérieur) suit la même trajectoire en n´offrant rien de plus qu´une seule scène gore (un pied arraché, ça fait mal) et des parenthèses de faux suspens totalement superflus (est-ce que le plus violent de tous osera << buter >> la nana suspendue en l´air qui s´attire les faveurs de son meilleur pote pour lequel il en pince peut-être secrètement?).

Passe encore que la moindre idée intéressante ne soit même pas exploitée. Mais ce qui dérange encore plus dans Wilderness, outre son propos totalement à côté de la plaque, vient de son invraisemblance (pourquoi une absence d´encadrement dans un cadre aussi vaste ? Pourquoi faire une fixette sur le rapport à la nature et délivrer une énième parabole sur la perte de l´humanité au profit du retour de la bestialité?). De tout ça, jusque dans les questionnements sentimentaux des têtes blondes, l´immense Kinji Fukasaku s´en était déjà moqué avec un sarcasme sanguinolent dans l´impressionnant Battle Royale.

Lui-même désemparé, notre jeune réalisateur ne cherche même plus à faire passer des vessies pour des lanternes et enfile les péripéties avec précipitation jusqu´à ce qu´elles finissent par lui éclater au visage, comme une baudruche trop gonflée. Il est louable de vouloir mettre en scène un film d´horreur dans le sillage des petits bricolos réalisés dans les années 80 (ceux que Bassett, amoureux du genre louait dans le vidéo-club à deux pas de chez lui), mais encore faudrait-il échapper à la lourdeur du procédé scénaristique et surtout au ridicule qui coule dans le plomb toute tentative de cinéma. Wilderness ressemble à un rêve de gosse brisé et ça brise presque le coeur. Perdus dans ce bourbier, les jeunes acteurs, eux, font ce qu´ils peuvent mais leurs efforts méritoires ne peuvent sauver que ce qui peut l´être.

Titre original : Wilderness

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Durée : 94 mn


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