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Un été à Changsha

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Polar métaphysique un peu confus mais qui dresse un portrait intéressant d’une certaine Chine.

Avec amour et abjection

Dans la suffocation de l’été à Changsha au coeur de la Chine contemporaine, Zu Feng nous tisse un genre de polar psychologique et quelque peu désorienté. Né à Nankin, Zu Feng commence par enseigner le théâtre à l’Université de Pékin, puis poursuit sa carrière en tant qu’acteur dans dans des séries et films reconnus en Chine. Un été à Changsha est son premier long métrage et il ne passe pas inaperçu. Ses personnages sont très bien dessinés et ce qui est vraiment captivant, c’est que le réalisateur les lâche dans une histoire pas claire, comme en train de se faire, comme s’il écrivait son scénario au fur et à mesure qu’il le filmait. Bien sûr, on le sait, tout ceci n’est pas possible, mais c’est l’impression qu’il donne avec, comme revers de la médaille, le danger de nous proposer un film ennuyeux. C’est hélas ce qui se produit, même si, vers la milieu du film, avec l’apparition de la soeur de la victime qui nous propose des pistes macabres et surréalistes, le spectateur sort un peu d’une profonde léthargie.

 

 

Les vicissitudes d’une vie absurde

Outre son aspect policier décentré, Un été à Changsha devient ou veut devenir par moment un film assez ésotérique, pour ne pas dire métaphysique avec comme propos principal celui de réfléchir à l’avenir de nos pauvres vies, et aux vicissitudes de nos existences dont nous ne connaissons finalement ni les causes ni les effets, ou très mal, ou de manière partielles ou partiales. Il le déclare lui-même dans la note d’intention de son film : « C’est un film qui montre des personnages qui souffrent de leur passé et ont du mal à en sortir. La question au coeur du récit est : comment faire face aux secrets de son passé et avancer dans la vie malgré tout ? C’est une question universelle, peu importe où se passe l’histoire. Parfois on souffre de la mort de quelqu’un, et on se demande s’il existe un au-delà. Mais c’est la vie, de vivre le passé, la souffrance et le présent. »

 

 

Entre Hitchcock et Kafka

En Occident, il semblerait que le spectateur soit peu habitué à trouver un sens ontologique à un film policier. Il aime bien que celui-ci réponde à des critiques précis, assez souvent très cartésiens, de manière à bien comprendre qui est le coupable, et pourquoi, même si on a maintenant tendance à rendre les films policiers de plus en plus opaques. Ici, avec ce film chinois, on est servi, tout en ne sachant finalement pas s’il s’agit d’un énième polar ou d’un OFNI (pour Objet Filmé Non Identifié) avec ses pépites et ses scories. On en voudrait pour preuve que, après deux heures de film, on ne comprend toujours rien à la fin, bien malin celui qui y parviendra parce que c’est sans doute voulu et fait partie du plan du scénariste, Yang Zhou, et du réalisateur. Ce dernier apporte d’ailleurs un début de réponse à cette question qui nous taraude et nous donne en fait raison, ce film n’est pas un thriller, ni encore moins un polar. « Le début de l’histoire est marqué par l’enquête policière, dans la veine de ce qui pourrait s’annoncer comme un thriller. Mais cela permet en fait de dévoiler les situations compliquées des personnages, leurs destins brisés, et de les conduire à vivre une histoire amoureuse, où chacun va découvrir que l’autre est également piégé par son passé. La romance et le thriller marquaient fortement le scénario, mais c’est surtout sur les liens affectifs et à la croyance en un autre monde que j’ai été davantage attentif. »

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