Trenque Lauquen partie 1 et 2. Sortie Blu Ray/ DVD chez Capricci.

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Un fascinant et lumineux jeu de pistes.

Sans nouvelles de Laura, sa compagne, Rafael entreprend des recherches, accompagné d’ Ezequiel, un ami de la jeune femme. L’enquête proprement dite, au sens policier du terme, n’est que le prétexte, le prélude, d’une quête d’identité bien plus large et fine. Qui est vraiment Laura ? A-t-elle vraiment disparu ? Comme dans Mortelle randonnée (1983) – l’envoutant et obsédant roman psychanalytique de Marc Behm, merveilleusement adapté par Claude Miller – ce jeu du chat et de la souris n’attend pas de conclusion, si ce n’est l’ouverture de nouvelles pistes. L’activité de chroniqueuse radio de Laura ainsi que les autres découvertes que fera Rafael ne sont qu’une partie du puzzle forcement incomplet, car en constante construction, de sa compagne. Bien plus qu’une fuite, Laura semble avoir décidé de se perdre sans motifs apparents. De se projeter dans l’histoire d’amour épistolaire d’un institutrice, en remontant plusieurs décennies en arrière. De jouir de son anonymat et de sa solitude dans un modeste troquet. De n’être qu’une simple créature de Dieu perdue au sein de paysages restés à l’état sauvage.

En douze chapitres qui alternent les points de vue – celui de Laura n’étant pas forcément plus proche de la vérité que celui des deux hommes –  et mélangent les temporalités, Trenque Lauquen se vit comme un voyage intérieur sans boussole, dont les étapes se dessinent au grès des rencontres et des inspirations de ses trois protagonistes déracinés. Sans effets de manche, sans flashbacks identifiés en tant que tels, la mise en scène de Laura Citarella dilate le temps avec une douceur enivrante. La topologie des lieux joue un rôle essentiel dans le sentiment de désorientation qui guide les différentes trajectoires. À commencer par le cadre des évènements, Trenque Lauquen, province située à quatre cents kilomètres environ de Buenos Aires, apparait déconnectée de notre modernité.  Plus encore, l’espace dicte sa loi aux humains. En bordure d’un parking déserté, à l’ouverture du film, en rase campagne, suite à une crevaison, Rafael et Ezequiel apparaissent le plus souvent figés dans des no man’s lands trop vastes pour eux. Dans leurs parcours en voiture, les deux hommes semblent étrangement tourner en rond sans forcément passer aux mêmes endroits. Présage de l’impossible réussite de leur recherche, les lieux investigués diffèrent dans  la plupart du temps de ceux fréquentés par Laura. Mais souhaitent-ils vraiment la retrouver à tout prix ? Persuadés que la jeune femme n’est pas en danger, dégagés des impératifs d’urgence, leur enquête piétine sans ligne claire.

Toutes aussi opaques apparaissent les motivations de Laura pour se couper de son passé. Sans problèmes de couple; solide dans son travail, elle semble répondre à une invitation mystique. Plus largement, l’étrange s’invite dans plusieurs épisodes de ce périple sans but; le récit de l’institutrice que ses collègues ont totalement oubliée alors qu’elle est au centre des albums de l’école, l’animal géant non identifiable qui a  fait son apparition dans le lac de la région.   Échos aux doutes existentiels de Laura, MacGuffin poétiques, ces énigmes inachevées contribuent à rendre inclassable ce diptyque. En parallèle du fantastique se développe – sans briser l’harmonie – une approche naturaliste des événements. L’identification marquée des acteurs avec  leurs personnages qui répondent aux mêmes prénoms, et surtout le naturel et la simplicité d’une Laura Paredes sans fard, dessinent les contours d’un documentaire autoréflexif. C’est véritable bonheur que de se perdre dans Trenque Lauquen.

Trenque Lauquen partie 1 et 2. Sortie Blu Ray/ DVD chez Capricci à parir du 7 Novembre.

 

 

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Durée : 129/133 mn


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